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Lundi 28 décembre
Il fait beau. Un beau ciel bleu immaculé. Depuis nos plateformes, accrochées haut dans les arbres au-dessus de la forêt des nuages, nous apprécions les rayons de soleil qui illuminent les feuilles des arbres à nos pieds entre deux tyroliennes. Canopy tour, exciting zip line ou encore accro-branche, peu importe le nom tant que le mousqueton est là. Il paraît que nous faisons Tarzan ou Superman mais ce serait plutôt Jane et Superwoman, à nous lâcher dans le vide accrochées à une liane à trente mètres de haut et à traverser une vallée de sommet en sommet tenues par le dos, les yeux obligatoirement tournés vers le sol, si bas, si loin, à contempler la grandeur du vide.
Pour nous remettre de toutes ces émotions matinales, rien de tel qu’une petite visite de fromagerie locale. Nous ne sommes pas déçues. Les fromages, tous élaborés à partir de lait non écrémé, sont tendres et goûteux. Nous apprécions tout particulièrement l’emmental et nous faisons un honneur qu’il ne reste aucun morceau de dégustation.
Mardi 29 décembre
De retour à San José, après avoir changé de bus deux fois alors que le trajet est supposément direct, il est de bon ton d’aller déguster une bolée de ceviche au marché principal puis de le faire passer à l’aide d’un café aux grains fraîchement moulus.
Mercredi 30 décembre
Le volcan Irazú, fumant à trois mille quatre cent trente-deux mètres d’altitude, est le plus haut du Costa Rica. Situés à une cinquantaine de kilomètres de San José, ses trois cratères appartiennent à la très respectable ceinture de feu du Pacifique qui comprend plus de mille volcans répartis entre le continents américain, asiatique, et l’Océanie.
Jeudi 31 décembre
Il est cinq heures trente du matin. Pascale vient de partir en taxi pour l’aéroport et je n’arrive pas à me rendormir. A six heures et demie, je me décide finalement à aller prendre une douche avant de profiter une dernière fois du petit-déjeuner dans l’arrière cour verdoyante de l’hôtel.
En arrivant à Puerto Viejo de Talamanca, sur la côte sud-est du pays, j’aperçois depuis le bus qui longe la mer des caraïbes, entre deux palmiers, deux chevaux sauvages qui se câlinent la tête sur la plage, face aux vagues. Bienvenue au village le plus jamaïcain du Costa Rica, où les hommes de couleur ébène venus travailler dans les plantations de banane côtoient les pâles gringos qui ne sont jamais repartis de vacances et qui ont fini par ouvrir un restaurant, une boutique ou des cabiñas pour héberger les touristes suivants.
Sébastien a essayé depuis quelques jours de me réserver une cabiña dans son auberge, en vain.
« Ne t’inquiète pas, lui ont-ils dit, il va bien y avoir quelque chose qui va se libérer, et au pire, on te prête le coussin de la banquette, là, et tu le mets par terre ».
La femme qui tient l’accueil derrière le bar, qui s’avère ne tourner qu’à la carotte qu’elle croque à pleines dents en même temps qu’elle me parle alors que la première question que je me suis posée en l’apercevant est de savoir quelle drogue elle prend et à quelle dose, cette femme-là, donc, finit par mollement me tendre une clef.
« Chambre quarante. C’est une chambre privée normalement, mais vu les circonstances, on l’a transformée en dortoir. Il y a quatre lits, je crois que les autres sont trois australiens qui descendent du bus … ».
Oui, pour arriver ici, tout le monde descend du bus. Et la chambre a cinq lits. Et nous sommes en fait six à vouloir dormir dedans. Mais ça, je ne l’apprends que lorsque les suivants arrivent, et je me suis alors déjà consciencieusement appliquée à étaler des affaires sur le lit que j’ai choisi. Le seul autre individu qui était déjà présent quand je suis arrivée me dit:
« Il y a quatre autres gars qui sont arrivés. On est six, il y a cinq lits. Ils avaient réservé. Il faudrait que tu ailles voir à la réception pour savoir ce qu’il en est …
- Et toi, je lui demande, tu es allé voir à la réception pour savoir ce qu’il en est pour toi ?
- Non, mais moi, enfin, je …
- Bon. Eh bien voilà.
- Mais euh … c’était juste pour que tu aies l’info …
- Merci, alors ! »
Et je me suis bien gardé d’aller revoir la molle des légumes à la réception. J’ai étalé encore quelques affaires sur et autour de mon lit, par contre, pour être sûre. La galanterie, ça se perd, je vous dis.
Sébastien nous a réservé une table dans un des restaurants les plus chic du coin pour le réveillon. C’est fête, nous nous gâtons. Et je lutte pour ne pas m’endormir sur un coin de table, si bien que je me dope au jus de fraise. Sacré réveillon. Ceci dit, le trio de poissons est fameux et la langouste n’est pas mauvaise du tout.
A vingt-deux heures trente, nous voilà de retour à l’auberge, non grandement motivés pour écumer les bars. Je vais me prendre une petite douche, ça me réveillera peut-être et ce sera toujours ça de fait.
A vingt-trois heures trente, me disant que tout de même, c’est la nouvelle année, je toque à la cahute de Sébastien afin que nous allions au bar de la réception de l’auberge partager le verre de l’amitié avec d’autres. Il n’y a pas un chat. Ce qu’ils appellent champagne et dont un fond de gobelet en plastique nous est généreusement offert est une boisson gazeuse au goût prononcé de … bouse de vache. Il faut absolument boire cul sec car il est impossible d’y revenir. Heureusement que le chef cuisinier du restaurant où nous avons dîné, français et avec lequel nous avions eu le temps de sympathiser en attendant notre table, nous a offert en guise de digestif son rhum maison à la vanille, fameux, ma foi. Ca sauve la mise.
Vendredi 01 janvier
Sébastien, qui prend racine ici depuis une semaine et demie, me fait partager ses adresses. La boulangerie Pan Pay pour le petit-déjeuner, le petit supermarché pour se ravitailler avant d’aller à la plage, le chemin ombragé longeant le rivage pour atteindre la playa Cocles, un peu plus à l’est, au long duquel il faut éviter de mettre les pieds sur les lézards qui traversent ou sur les fourmis qui transportent en convois des morceaux de feuilles vertes tels d‘énormes éventails bien à la verticale au-dessus d‘elles. Playa Cocles, spot de surf réputé, est compte-tenu de la force des contre-courants la plupart du temps dangereuse pour la baignade et elle y est par conséquent surveillée. Il y a foule en ce premier jour de l’année nouvelle. Nos proches voisins sont à à peine deux ou trois mètres de nous.
Samedi 02 janvier
Le paresseux, mammifère terrestre apparenté au fourmilier bien qu’il possède des dents rudimentaires, se meut avec une lenteur extrême. Celui que nous apercevons recroquevillé dans un arbre ne se meut même pas du tout. Il roupille. Plus ou moins bien à l’abri de la pluie sous les feuilles de son arbre préféré. Il paraît qu’il vient souvent là, dans cet arbre du café où nous sommes venus voir les possibilités d’échange de livres. De temps en temps, il se décide à déménager pour quelques temps et s’en va de nuit dans les forêts montagneuses. Puis il revient.
A Puerto Viejo un jour gris et semi-pluvieux, il n’y a rien à faire ou presque. Alors nous petit-déjeunons, changeons de terrasse pour boire un café, parcourons les rayons de deux supermarchés pour acheter des bières, un avocat et une tomate pour accompagner nos pâtes. Et nous attendons que le temps passe, tranquillement.
Grande journée.
Dimanche 03 janvier
Sébastien est parti ce matin, en direction du nord-ouest du pays, mais le temps est revenu. Je suis la première à poser ma serviette sur la playa Cocles et je m’applique à y passer la matinée, entre bains de soleil et de mer. Au bout de trois heures, je n’en peux plus, je plie les gaules. Je me suis même lassée de regarder le cours de débutants en surf, spectacle pourtant pour le moins divertissant.
Je passe l’après-midi à bouquiner dans le hamac devant ma chambre. J’admets quelques somnolences. Minimes. Courtes.
Lundi 04 janvier
Comme il fait encore beau et que cette fois c’est sûr, c’est le dernier jour où je peux en profiter, je réitère mon programme de la vieille. Première sur la plage. Bains de mer. Bains de soleil. Je tiens également à peu près trois heures, mais il n’y a ce matin même pas de cours de surf pour me divertir. Les touristes vanille-fraise ou hyper bronzés feront l’affaire.
Je dîne en compagnie d’un canadien d’âge mûr bavard et centré sur lui-même rencontré le matin même à la boulangerie où je prenais mon petit-déjeuner. L’adresse qu’il a proposée est ceci-dit délicieuse. Lorsqu’il me propose de prolonger par un café, je m’excuse poliment, j’ai ma valise à faire et je dois me lever tôt demain. Certes, il n’est que neuf heures moins le quart, je ne me lève pas plus tôt demain que ce matin et mes affaires sont déjà toutes rangées dans mon sac, mais ça, il ne le sait pas. Très aimable, merci pour l’adresse le curry était délicieux, bonne soirée, au-revoir.
Mardi 05 janvier
Les quatre heures et demie de bus qui me ramènent à San José me paraissent longues et inconfortables. Je crois que j’ai atteint un seuil de saturation de bus, j’ai mon quota annuel. Assez. Suffit. Et je valide le quota de routes pourries et chaotiques, par la même occasion, tiens.
J’ai beau avoir téléphoné pour réserver une chambre à l’auberge de jeunesse Tranquilo (ça en s’invente pas), on ne m’attend pas. Plus de chambre simple. Soit dortoir, soit double, soit je vais voir ailleurs. Je m’insurge, vais voir l’hôtel miteux d’en face qui s’avère plus cher et reviens en parvenant à garder la tête haute. Ce sera donc une double parce que je suis devenue insociable avec le temps et il est impensable que je partage ma chambre ce soir. J’ai besoin d’étaler mes affaires sans cadenasser ma valise et mon sac à chaque fois que je vais faire pipi.
Je prends un dernier ceviche au marché central, savoure un dernier « café à la chaussette », puis flâne dans l’avenida Central pour l’ultime shopping. Je fais un aller-retour entre temps pour récupérer ma carte bancaire laissée par prudence à l’hôtel. Ce n’est pas prudent du tout, surtout que j’ai dégoté une petite librairie internationale qui propose quelques disques à l’écoute et à la vente. Aaahh, des disques ! Je ne suis pas encore rentrée que me voilà déjà retombée dans la consommation de masse. C’est culturel, je me dis, pour me dédouaner.
Mercredi 06 janvier
Après une nuit d’insomnies digne d’une veille de rentrée des classes, j’ai eu le temps d’avaler le pancake consistant offert en petit déjeuner par l’auberge de jeunesse quand la navette que j’ai réservée par internet pour aller à l’aéroport, deux fois moins chère que le taxi et au moins deux fois plus sûre que le bus, vient me chercher. J’ai un minibus à moi toute seule, avec chauffeur.
Une demie heure de navette, trois heures d’attente, quatre heures de vol jusqu’à Dallas, une heure et demie d’attente, neuf heures de vol pour Londres, quatre heures d’attente, une heure vingt de vol vers Paris, cinq heures et demie d’attente, cinq heures de train pour Périgueux via un mesquin changement d’une demie heure à Limoges. Voilà le merveilleux programme de ma prochaine trentaine d’heures. De quoi avoir le temps de me rendre compte que ça y est, cette fois c’est la bonne, c’est la fin, je rentre. Une petite dernière pour la fin, en somme, finir en beauté.
Mais ce bonheur n’est pas sans surprises puisqu’arrivée à Dallas, après être passée devant tout le monde aux douanes sous prétexte de correspondance rapide, je lis aux tableaux d’affichage que le décollage de mon avion pour Londres est maintenant programmé avec trois heures quarante de retard. De quoi atterrir pile poil au moment où mon vol en correspondance pour la France doit décoller. Mais l’hôtesse de British Airways me donne néanmoins ma carte d’embarquement pour Paris, on ne sait jamais, on n’est pas à l’abri d’une bonne surprise. Il neige, donc, à Londres. Et les prévisions ne sont pas à l’amélioration. Ca doit être fort joli, Londres sous la neige, mais ce n’est pas précisément pour m’arranger dans le cas présent.
Je m’interroge depuis quelques temps sur les motifs qui m’ont poussée à partir en plein mois de janvier, donc en plein hiver, et par conséquent surtout à revenir à la même période. Je crois que malgré mes séances de préparation psychologiques quotidiennes, je ne parviens pas à mesurer à quel point je vais être saisie par le froid et le mauvais temps. Je vais me congeler sur place avec ma petite polaire et mes moufles à courant d’air achetées sur un marché péruvien. Au moins, à Dallas, dans l’aéroport, il fait bon.
Jeudi 07 janvier
Lorsque j’arrive à l’aéroport de Londres, j’ai naturellement raté mon vol en correspondance pour Paris. D’autant plus que pour peaufiner le tout, nous avons du attendre plus d’une heure à l’intérieur de l’habitacle avant de pouvoir en sortir, pour des raisons de sécurité renforcée et afin d’éviter un éventuel croisement de flux de passagers.
Je montre à un agent de l’aéroport ma carte d’embarquement pour Paris.
« Vous avez raté votre avion, faites là queue là-bas ».
Après quatre heures d’attente heureusement animée par les discussions avec mes voisins, un indien et une américaine, et un certain nombre d’avions pour Paris ratés, je me présente enfin à un guichet pour modifier ma carte d’embarquement.
Le prochain départ est dans un peu plus d’une heure. Parfait.
Je passe de nouveaux contrôles de sécurité pour me rendre en salle d’embarquement et consulte par curiosité le tableau d’affichage des départs. Surprise: mon nouveau vol est retardé de trois heures. Je commence à me lasser un tantinet, mais il n’y a de toutes façons rien à faire. Je profite de mon bon de repas, plus généreux que celui de Dallas, soit dit en passant, et conserve un œil aux tableaux d’affichage.
L’horaire de mon avion est finalement avancée, mais alors que tous les passagers sont prêts à embarquer, nous sommes informés que notre pilote a eu à faire ailleurs, et que nous ne savons pas à quel moment il sera disponible pour nous. Quarante minutes plus tard, nous embarquons. Cependant, une fois installée, le commandant de bord nous annonce qu’étant donné notre retard, notre vol de figure pas sur les listes de décollage et que nous ne savons par conséquent pas quand nous pourrons quitter l’aéroport. Une heure plus tard, je quitte enfin Londres.
Vendredi 08 janvier
Toutes ces péripéties m’ont bien sûr fait rater mon train pour Périgueux. Mais, lorsque ce matin, accompagnant mon frère et sa femme, j’arrive en voiture chez mon père pour lui souhaiter de visu un bon anniversaire alors que je suis sensée être encore à l‘autre bout du Monde pour au moins une semaine, la surprise est totale.
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Publié à 15:35, le 16/03/2010, San José Mots clefs : |
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Samedi 26 décembre
Pour rejoindre Monteverde depuis Manuel Antonio, notre minibus longe l’océan Pacifique pendant quatre heures avant de bifurquer vers l’intérieur des terres, empruntant alors une piste sinueuse qui grimpe dans la montagne.
Nous arrivons finalement à l’étroit couloir de civilisation que constituent Monteverde et Santa Elena, bâti au cœur de la « forêt de nuages » où l’humidité atteint la plupart du temps cent pour cent. Veinardes, nous avons ramené avec nous le soleil et avec lui la chaleur, de quoi s’installer à bouquiner sur le balcon de notre chambre.
Dimanche 27 décembre
La plantation de café Don Juan porte le nom de son propriétaire grisonnant qui affiche un sourire digne de sa fierté sous son chapeau colonial marqué à l’effigie de sa petite ferme. L’endroit, de dimension familiale, ne produit qu’une tonne de produit fini par an et tire finalement la majeure partie de ses bénéfices des visites touristiques.
Le café aurait été découvert en Ethiopie en cent-cinquante après Jésus-Christ, puis, par l’intermédiaire des pèlerins musulmans qui allaient à la Mecque, il aurait été transporté dans toute l’Arabie vers le XVème siècle. Deux siècles plus tard, les marins hollandais introduisent les plans de café à Ceylan, en Inde, puis dans toutes leurs colonies d’Asie. Ils rapportent des plans en Europe et en offrent à Louis XIV. Les tentatives de cultures en serre étant globalement infructueuses, les français transportent des plants jusqu’aux Antilles françaises. C’est l’arrivée du café en Amérique Centrale et du Sud. Ce n’est que vers mille huit cent vingt, lorsque le Costa Rica se développe en tant que pays, que le café prend toute son importance pour cette patrie nouvelle, aux côtés de la canne locale.
Sur les soixante-treize variétés de café avérées, seules deux sont intensément cultivées: l’arabica et le canephora, dont sont tirées les variétés de robusta. L’arabica, finesse aromatique dont les grains contiennent deux à trois pour cent de caféine, représente près de soixante-dix pour cent de la production mondiale. Il s’épanouit sous les climats tropicaux et à des altitudes comprises entre mille et mille cinq cent mètres. Il a besoin de beaucoup d’eau et de températures oscillant entre dix-huit et vingt-cinq degrés. Le robusta, qui doit son nom à son taux de caféine plus élevé, six à huit pour cent, pousse à des altitudes plus faibles.
Le Costa Rica, qui autrefois produisait les deux types de café, s’est aujourd’hui spécialisé dans l’arabica afin de privilégier la qualité à la quantité, plus particulièrement depuis que le Vietnam s’est intéressé au marché du café et s’est investi dans la production massive de robusta, devenant le deuxième pays mondial en masse de production après le Brésil. Aujourd’hui, plus de la moitié de la production costaricaine est exportée aux Etats-Unis.
Les « cerises » de café matures sont récoltées à la main, une par une, lorsqu’elles sont rouges ou jaunes selon les variétés. Il y a une génération les étudiants se précipitaient pendant les vacances scolaires pour participer aux récoltes et pouvoir s’offrir ce dont-ils rêvaient, des familles entières restaient trois mois pour pouvoir s’acheter ensuite une voiture ou un lopin de terre, mais les faibles soldes - il faut environ deux heures pour récolter une mesure nationale qui est payée deux dollars vingt - font que quatre-vingt pour cent des récoltants sont aujourd’hui nicaraguayens.
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Publié à 01:46, le 28/12/2009, Santa Elena Mots clefs : |
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Mardi 22 décembre
Nous prenons tout notre temps pour profiter du fantastique petit-déjeuner de l’hôtel avant de nous rendre au terminal de bus de Coca-Cola, à l’ouest de la ville. Le trajet de bus pour Manuel Antonio ne dure que trois heures et demie, mais la première moitié consiste en la descente d’une route de montagne pendant laquelle nous nous cramponnons à nos estomacs. Nous, et les ticos -les locaux- également. Quel itinéraire pouvons-nous emprunter pour ne pas avoir à revivre l’expérience dans le sens inverse …
Nous sommes ceci-dit récompensées par un temps plus clément à l’arrivée qu’au départ, et aussi bien plus chaud. Nous ne tardons d’ailleurs pas à goûter l’eau de la piscine du petit hôtel familial dans lequel j’avais réservé une chambre. Nous terminons la journée autour d’un casado, plat local par excellence qui, qu’il soit de poisson, de poulet, de porc ou de bœuf est toujours accompagné de riz, de flageolets, de frites et d’une petite salade de choux vert et tomates.
Mercredi 23 décembre
Toute embuée par la chaleur de la nuit, je vais me réveiller d’une trempette dans la piscine avant d’aller petit-déjeuner. La plage de Manuel Antonio est accessible en bus ou en taxi, ou à pieds. Nous décidons de marcher jusque là-bas pour découvrir les alentours. Trois quarts d’heure de marche le long d‘une route sinueuse, vallonnée et fréquentée, nous décidons que nous ferons le retour en bus.
Jeudi 24 décembre
Prendre son repas de réveillon de Noël à cinq heures de l’après-midi est certes un peu tôt, surtout lorsque la ventrée de riz aux fruits de mer de midi est encore loin d’être digérée, mais peu importe. On ne réveillonne pas tous les jours sur un voilier sur le Pacifique, cocktail citronné en main, à admirer le coucher de soleil diffusant sa lumière au travers de quelques nuages éparses. Les dauphins ou tortues promis ne se montrent pas, les eaux dans lesquelles nous nous arrêtons faire du snorkelling sont troubles et nous ne voyons au départ flotter que des petits morceaux de papier toilette provenant certainement des bateaux à touristes et dispersés dans l’immensité marine. Imperturbables en ce jour de fête, nous parvenons tout de même à rester trois bons quarts d’heure à barboter dans l’eau et à embêter les bans de poissons agglutinés autour d’un unique rocher. Nous ne voyons pas les quarante espèces annoncées dans le prospectus mais bien cinq ou six curieuses qui nous entourent complètement et que nous faisons mine de pousser des bras pour pouvoir avancer.
Encore repues, nous sortons vers vingt-et-une heures nous imprégner de l’ambiance qui doit être festive en ce jour particulier. Les bars et restaurants sont vides et calmes lorsqu’ils ne sont pas en train de fermer leurs portes. Je voulais voir le Père Noël en short. Je n’ai finalement vu que des Mères Noël en jupe. Les valeurs ne sont plus ce qu’elles étaient.
Vendredi 25 décembre
Nous sommes accueillies à l’entrée du Parque Nacional de Manuel Antonio par un coati que notre présence ne perturbe pas le moins du monde dans sa recherche acharnée des restes de nourriture dans une poubelle. Appliqué, il fourre son petit museau allongé dans le cylindre métallique jusqu’au masque noir de pelage qui bande ses yeux - tel le Zorro des grimpeurs- et fouine tout ce qu’il peut de ses petites pattes agiles et nerveuses. Sur le chemin de la Playa Manuel Antonio nous apercevons quelques singes noirs, paresseux, en pleine activité de sieste dans les arbres. De jolis papillons colorés nous accompagnent parfois pour un bout de route. La plage est à abritée des courants par la Punta Catedral, promontoire rocheux dont nous faisons le tour via un chemin sinueux progressant dans la forêt tropicale, et nous pouvons nager en toute sécurité dans l’eau à peine rafraîchissante. Alors que nous pique-niquons, nous devons chasser à grands mouvements un coati qui se montre particulièrement téméraire et affectueux, prêt à partager nos victuailles.
Nous nous faisons accompagner sur le chemin du retour le long de la plage Espadilla par un daim qui s’arrête de temps à autre regarder la mer ou lécher le cou d’une grosse dame allongée sur le sable afin d’obtenir sa pomme. Ce qu’il obtient.
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Publié à 01:44, le 28/12/2009, Manuel Antonio Mots clefs : |
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Lundi 21 décembre
Le petit-déjeuner de l’hôtel est tout bonnement gargantuesque. Je n’arrive même pas à tout goûter, loin de là, c’est dire.
Après avoir pris le temps de le digérer tranquillement, je m’aventure dans la grisaille à la découverte de cette ville que tous les touristes que j’ai rencontrés méprisent, au point de n’avoir entendu que ceci:
« San José, tu y passes deux heures, trois, tout au plus, et surtout, tu déguerpis au plus vite ».
Eh bien moi, elle ne me déplaît pas, cette ville, peut-être justement parce qu’à force de n’en entendre que du mal, je m’attendais au pire. Bien sûr, il n’y a pas de quoi s’extasier devant le charme architectural -le théâtre municipal, décrit dans mon guide comme étant « considéré comme le bâtiment le plus impressionnant de San José » ne m’a pas laissée sans voix. Mais, les quartiers résidentiels que je traverse pour atteindre le centre ville sont tranquilles et arborés, l’Avenida Central, qui, comme son nom l’indique, est centrale, est piétonne et animée. Sortie de ma cambrousse de l’intérieur des terres et des côtes panaméennes, je me rends compte ici que oui, Noël approche ici aussi et que les commerces font le plein. Ce n’est pas la folie mais tout de même, les rues sont bien remplies.
J’ai, je crois, une passion pour les marchés d’Amérique Latine. A première vue toujours un peu glauques et étouffants, ils méritent je trouve qu’on s’y attarde et plus particulièrement que l’on y mange. C’est en général bon -les produits, achetés sur place, sont de toute fraîcheur- et pas cher.
De nuit, dans le bus pour Alajuela, je me demande comment je vais savoir quand je vais devoir descendre. Mon instinct et mes oreilles qui traînent font le reste. L’aéroport international de San José est particulièrement inhospitalier pour qui n’y prend pas un avion. Il n’y a aucun accès possible à un quelconque espace intérieur. Je suis un peu en avance, mais le panneau d’affichage m’informe immédiatement que l’avion en provenance d’Houston, dans lequel se trouve ma mère, a une heure et demie de retard. J’ai rencontré à la sortie du bus un couple franco-suisse venu chercher un petit-cousin; nous échangeons sympathiquement nos impressions de voyage tout en avalant un sandwich assis par terre. Finalement, l’avion qu’ils attendent n’atterrit pas non plus à l’heure prévue, et nous partageons également un gobelet de café au lait -il n’y a que ça dans l’unique minuscule boutique à laquelle nous pouvons avoir accès. Je finis par récupérer ma mère, épuisée mais ravie d’être enfin arrivée.
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Publié à 16:48, le 24/12/2009, San José Mots clefs : |
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Jeudi 17 décembre
En observant les fonds marins du Parque Nacional de Coiba, j’ai vu mon premier requin. Enfin je veux dire, c’est la première fois que je partage le milieu naturel d’un spécimen -ou tout du moins que j’en suis consciente. J’en ai même vu deux, en fait. Des requins à pointe blanche. Tout au fond de l’eau. Bon, moi, je palme au-dessus, bien à la surface de l‘eau. J’ai aussi vu un mérou, un gros. Ce n’est pas très beau. Je n’ai pas pu rater les dents aiguisées d’un poisson gris argenté tout en longueur qui progressait en ma direction en s’appliquant à toutes me les montrer, gueule bien ouverte. Mon premier coup de palme ne l’a pas fait reculer d’une nageoire mais au second j’ai réussi à lui transférer toute ma peur et il s’en est retourné dans les grandes profondeurs. Sans les voir vraiment je peux attester qu’il y a également des méduses, microscopiques mais nombreuses, dont les piqûres brûlent ’comme les grandes’ et qui elles, ne m’ont pas ratée. « Ca pique hein, me dit le capitaine du bateau qui me voit me tordre dans tous les sens pour me gratter dans l’eau ».
Et on appelle ça l’océan ’Pacifique’.
Vendredi 18 décembre
Je ne peux rester éternellement dans ce petit coin de paradis qu’est Santa Catalina car je dois être à San José de Costa Rica fort bientôt. Compte tenu de la longueur du voyage jusque là et surtout du nombre de bus qu’il va me falloir prendre, je décide de couper le voyage par une petite halte à Boquete, dans la montagne à une heure de David, dans le nord du Panama. Histoire de m’imprégner un peu de l’intérieur du pays. Sébastien décide de m’y suivre, avant de bifurquer pour sa part du côté caribéen du Costa Rica. Nous prenons cette fois-ci quatre bus différents, un premier pour Las Tablas, puis un pour Santiago, puis un autre pour David et enfin un vieux bus scolaire jaune américain reconverti en bus régulier pour Boquete. Je ne crois pas si bien dire lorsque je dis que je vais m’imprégner de l’intérieur du pays puisqu’à peine avons-nous installé nos affaires dans une auberge familiale qu’il se met à pleuvoir. Une bonne pluie tropicale bien drue, bien franche, comme il se doit.
Nous donnons notre linge à laver -cela fait quelques jours déjà que je me dis que je ne peux plus y couper- puis passons au supermarché faire quelques courses. Avec un temps pareil, autant se mijoter une bonne plâtrée de pâtes à la maison et ne pas remettre la tong dehors. Avec un peu de fromage et une petite bouteille de vin Chilien, c’est encore mieux. Une fois revenus au sec, des cris me font régulièrement sursauter. Il faut que je m’habitue, c’est le perroquet vert qui trône sur sa cage à l’entrée de l’auberge qui s’exprime. Signe qu’il a arrêté de mordiller ses jouets en plastique et qu’il est prêt à ce qu’on le couche en le remettant dans sa cage et en la recouvrant d’une couverture.
Samedi 19 décembre
Boquete, il est vrai, doit jouir d’un panorama exceptionnel quand le temps est dégagé. Mais avec les nuages coincés dans la vallée, il ne fait pas particulièrement bon mettre le nez dehors. Nous parvenons toutefois à faire le tour du centre du village qui compte cinq mille âmes, c’est dire.
Ceci dit, l’hostal dispose d’un réseau wifi particulièrement efficace, même depuis nos lits respectifs, et une petite journée à en profiter de fait pas de mal de temps en temps.
Dimanche 20 décembre
Dernières douanes, et pas des moindres. Deux heures et demie. Il m’aura fallu attendre deux heures et demie pour obtenir mon tampon de sortie du Panama et celui d’entrée au Costa Rica. J’en ai le dos tout crispé, surtout après m’être levée à cinq heures du matin pour avoir le temps de petit-déjeuner avant d’attraper au vol le bus de six heures. Sébastien est parti de son côté vers la frontière de la côte caribéenne tandis que je traverse celle de Paso Canoas avant de rejoindre San José.
Il y a peu de bus qui rejoignent la capitale, et la plupart sont bondés. En demandant au chauffeur, nous obtenons avec mon voisin de file d’attente de douanes les dernières places dans un bus direct. Certes, ce sont celles qui sont juste devant les toilettes, tout au fond du bus, et nous baignons pendant tout le trajet, sept heures tout de même, d’une insupportable odeur d’urine. Mais, nous avons des places.
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Ce séjour rapide mais efficace dans le plus sudiste des pays d’Amérique Centrale m’aura fait découvrir un pays moderne aux peuples tranquilles et accueillants. Chacun ici, avec ses désirs en envies bien personnelles, peut y trouver son petit coin de paradis.
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Publié à 02:02, le 22/12/2009, Boquete Mots clefs : |
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Samedi 12 décembre
De retour à la ville de Panama, qui ne vois-je pas dans les escalier de l’auberge de jeunesse Luna’s Castle ? Sébastien, qui a avancé son vol initialement prévu pour mardi prochain. Nous en profitons pour faire un petit tour dans Casco Viejo, quartier qui s’avère surprenant. Les bâtiments ont tous le charme de l’ancien style colonial mais certains sont en état de délabrement avancé, des fois encore habités, sinon sans toiture et envahis par la végétation qui sort par les encadrements de fenêtres, tandis que d’autres ont été parfaitement retapés et abritent ministères et ambassades. Des berges, nous avons une vue d’ensemble sur les hauts gratte-ciels de la nouvelle ville qui paraît alors en être totalement une autre.
J’explique à Sébastien mes intention de plage pour les jours suivants et il décide de me suivre avec enthousiasme.
Dimanche 13 décembre
D’après des anecdotes sympathiques de voyage d’Aurélie, ma colocataire de bungalow sur l’île Pelikano, nous décidons avec Sébastien de mettre le cap sur le village de Pedasi sur la côte Pacifique. Ce petit village de quelques deux mille cinq cent âmes est certes très mignon, à peine y ai-je posé le pied que je me demande ce que je suis venue y faire. Il est vrai qu’arriver dans un nouveau lieu un dimanche est rarement flatteur.
Aurélie nous a expliqué que sur la plage Del Toro nous pouvions trouver un certain Arturo qui nous proposerai de dormir gratuitement dans ses hamacs et nous préparerai de quoi manger en échange de quelques courses. Ceci dit, les villageois nous informent que la plage en question est à une demi-heure de marche environ. Ne sachant pas trop à quoi nous attendre, nous préférons poser nos affaires dans une petite auberge en « ville » plutôt que de les traîner jusque là-bas. Puis nous traversons les champs de vaches avec notre maillot de bain dans un petit sac-à-dos en direction de la plage en question. Là, quelques voitures, des hamacs, en effet, du sable noir, un ciel gris, un océan couleur de lac -mon guide, en anglais, spécifiait que l’eau était ici trop ‘murky’ pour y faire quelque observation avec un masque, je ne connaissais pas le terme mais je crois que je me rends à présent bien compte de sa signification. Après une baignade rafraîchissante et bienvenue en compagnie des pélicans, nous attrapons au vol un des pick-up qui retourne au village et grimpons dans sa benne. Pedasi, fin de l’acte 1/1.
Le monde est petit. C’est pourquoi nous nous retrouvons invités à dîner du poisson grillé au barbecue accompagné de riz et de yuca -racine proche du manioc- chez une famille que nous avions rencontrée lors d’un petit-déjeuner à Quito et avec laquelle nous avions échangé deux ou trois mots. Il se trouve qu’ils habitent, entre autres, car ils semblent habiter dans bien beaucoup d’endroits, une maison située à un carrefour de notre pension.
Pour le coup, demain matin, nous sommes invités à aller voir un lieu supposément magnifique à quelques vingt minutes de route et où hôtels luxueux ont pour habitude d’accueillir le tout Hollywood. Rendez-vous à sept heures du matin pour un retour … ?
Pedasi, début de l’acte 2/?.
Lundi 14 décembre
Notre ami nous ayant posé un merveilleux lapin, nous mettons fin à l’acte 2/1 -oui, je sais …- en montant dans le bus pour Las Tablas vers neuf heures. Nous prendrons en tout cinq bus, pas moins, pour rejoindre Santa Catalina, chacun d’un peu plus d’une heure, sauf le dernier qui frôle les deux. Pedasi-Las Tablas, Las Tablas-Chitré, Chitré-Santiago, Santiago-Sona, Sona-Santa Catalina. Ouf. Lorsque le dernier bus s’arrête peu avant dix-huit heures, nous sommes au bout de la route qui s’arrête en cul-de-sac devant l’océan. Santa Catalina m’a l’air d’être la destination que je recherchais: petit village tranquille niché face à la mer où les quelques touristes se confondent presque avec le paysage. Il y a un petit magasin qui vend quelques bases, trois ou quatre restaurants en comptant le barbecue de rue, un hangar ouvert sur l’extérieur qui vend des bières, une école et une boulangerie. Et puis voilà.
Mardi 15 décembre
Le chemin du village s’arrête certes en impasse sur une plage, on nous en conseille une autre pour le farniente et la baignade, également réputée pour ses bonnes vagues de surf. Playa El Estero. Bigre, elle se mérite. Mais le petit chemin de terre qui permet de s’y rendre se faufile dans un décor varié, quelques habitations émergeant ici et là et créant un peu d’animation. La plage est énorme, et il n’y a pas un chat. Quelques surfeurs hésitent à se mettre à l’eau pour les vagues certes régulières mais plutôt miniatures, deux cabas sont posés sur le sable mouillé dégagé par la marée basse. Le soleil rend le sable noir brûlant et après une bonne baignade dans l’eau ici aussi ‘murky’, nous allons nous protéger à l’ombre des cocotiers, en lisière des quatre petits cabanons colorés d’un hôtel. Nous en profitons pour siroter un jus d’orange avec des glaçons et nous perdons dans nos lectures respectives.
Mercredi 16 décembre
Aujourd’hui, c’est décidé, nous cuisinons. Nous ne sommes pas au bord de la mer pour rien, ce sera donc du poisson, et du frais s’il-vous-plaît. On nous a indiqué que l’on pouvait en acheter quelque part en remontant la rue principale, sur un petit chemin qui part en face de l’endroit où un panneau ‘Hielo’ est planté, pas bien loin de la pompe à essence du village. Nous trouvons l’endroit: il n’y a qu’une sorte de poisson, congelé. Nous allons voir une autre supposée poissonnerie, nous arrêtons devant une porte métallique juxtaposant un mur peint de poissons: « si, c’est bien là, nous explique la voisine, mais c’est fermé en ce moment. Il n’y a pas de poissons ». Nous retournons acheter à la première adresse deux poissons d’une quarantaine de centimètres pour un dollar pièce.
Dans le courant de l’après-midi, alors que je suis en plein dénouement de mon livre, épuisée par les actions qui s’y déroulent et le suspens qui bat son plein depuis le fond de mon hamac, Sébastien me dit qu’il a trouvé un pêcheur qui vend des langoustes fraîches. Bien décidés à ne pas laisser passer une telle occasion, nous nous hâtons jeter un œil à ses glacières posées au bord du chemin du village. Six dollars la livre avec la tête, douze dollars sans. La tête, c’est plein de bonnes choses à gratter. Nous repartons heureux avec sept langoustes, quatre pour Sébastien et trois pour moi, le tout pour dix dollars. Le poisson attendra, ça tombe bien, je suis sûre qu’il n’a pas fini de décongeler.
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Publié à 02:00, le 22/12/2009, Santa Catalina Mots clefs : |
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Jeudi 10 décembre
A cinq heures du matin, il fait encore bien nuit lorsque je monte dans une jeep en direction de l’archipel de San Blás. Il nous faut traverser le pays du sud au nord pour rejoindre le petit port de Carti sur la côte caribéenne. La route, d’abord goudronnée, devient rapidement une piste chaotique, sinueuse et dont le relief s’apparente aux montagnes russes. Etroitement installée sur l’une des places de l’extrême arrière de la jeep -nous sommes six passagers plus la conductrice- j’échange avec ma voisine des regards ne laissant aucune ambigüité quant à l’état de nos estomacs. La conductrice, passionnée de conduite sportive et ancienne compétitrice de quatre-quatre a une conduite, disons … un peu brute que l’état et la nature de la route n’arrangent guère en notre faveur. A neuf heures, nous arrivons finalement à l’embarcadère de Carti. Je m’attendais à un petit port, disposé autour de quelques constructions. Mais non. Il s’agit ici simplement d’un endroit accessible en voiture où les berges ont été déboisées pour permettre d’embarquer. Ni plus, ni moins.
Après une heure et demie de canot à moteur, me voilà sur l’Isla Pelikano avec un américain, Dean, et une française, Aurélie. Je partage d’ailleurs mon bungalow de bambou dont la porte ouvre sur l’océan à cinq mètres de celui-ci avec cette dernière. L’île compte la maison des hôtes, une cabane cuisine et quatre bungalows destinés aux touristes. Elle est si petite qu’en n’importe quel point il est possible de voir l’eau de tous côtés. Turquoise et transparente, l’eau. Mais il faut choisir de quel côté se baigner et compter sur les courants puisque la cabane toilettes évacue directement dedans. L’île est truffée de cocotiers entre lesquels il fait bon accrocher son hamac, mais il faut vérifier qu’on ne risque pas de se prendre une noix de coco sur la tête.
A midi c’est poisson grillé, le soir langoustes fraîchement pêchées. Aaahh, ça change de l’éternel poulet et ce n’est pas mauvais du tout !
Vendredi 11 décembre
L’archipel de San Blás compte près de quatre cent îles dont la plupart sont inhabitées et n’hébergent que cocotiers. Les quelques îles-villages sont par contraste bondées, les huttes entassées et elles sont malheureusement entourées de détritus.
La Comarca de Kuna Yala est une région autonome du Panama qui s’étend sur un peu plus de deux cent kilomètres sur la côté caribéenne entre Colón et la Colombie. Le peuple Kuna gouverne la région depuis les années vingt, époque à laquelle un soulèvement a tué vingt-deux policiers et vingt Kuna qui avaient trahi leur peuple. Aujourd’hui, les Kuna ont non seulement leur indépendance mais ils disposent également de représentants à la législature panaméenne et ont le droit de vote pour les élections panaméennes.
Les femmes ont toutes les cheveux courts et portent l’habit traditionnel composé d’une bande de tissu aux impressions colorées en guise de jupe, d’un haut brodé et de larges bracelets de perles minuscules qui recouvrent les jambes et les avant-bras de graphismes colorés. Les hommes, quant à eux, ne portent pas d’habit particulier.
Le matin, nous visitons une île où cohabitent deux tribus Kuna. Certains nous toisent, d’autres nous invitent à visiter leur maison, les jeunes nous baragouinent quelques mots d’espagnol appris à l’école - ils parlent sinon leur propre langue. Nous ne pouvons nous empêcher de constater la forte proportion d’albinos, résultat de la consanguinité inévitable.
Lorsque nous revenons à l’île Pelikano, de nouveaux touristes sont arrivés: nous sommes à présent huit. L’après-midi, nous partons pêcher des conches au masque et au tuba mais n’en ramassons malheureusement pas suffisamment pour en faire le dîner. Ce sera donc langoustes, à nouveau !
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Publié à 01:59, le 22/12/2009, Mots clefs : |
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Mercredi 09 décembre
Un séjour au Panama et qui plus est dans la ville de Panama ne peut être accompli sans une petite visite du fameux canal, qui, bien que peu excitante, est tout à fait intéressante.
J’arrose mes pancakes de sirop sucré pour la troisième fois lorsque je m’incruste dans la conversation de mes voisines de table dans la salle commune de l’auberge de jeunesse. Une demi-heure plus tard, me voilà dans qui partage un taxi avec l’une d’elles, hollandaise, à destination du centre des visiteurs de Miraflores. Une fois notre billet acheté, on nous informe qu’aucun bateau ne va passer les écluses avant treize heures. Il est huit heures du matin. Bon. Peu importe, une écluse est une écluse après tout. Le musée, sur quatre étages, est interactif et bien documenté, une petite salle de cinéma permet même la projection d’un film d’une dizaine de minutes sur la construction du canal et son agrandissement en cours. En effet, à l’état actuel, le canal serait saturé en deux mille douze; de nouvelles écluses sont donc en construction.
Le canal, qui relie la ville de Colón à celle de Panama, s’étend sur quatre-vingt kilomètres et traverse trois sections d’écluses. La portion d’excavation la plus impressionnante porte le juste nom de Gaillard. La création du lac artificiel Gatún a fait disparaître sous les eaux vingt-neuf villages, d’énormes surfaces forestières et a obligé cinquante mille personnes à migrer. Plus de douze mille cargos empruntent le canal chaque année. Mais pas ce matin. Enfin bref. Le tarif de traversée dépend du poids du bateau, et est généralement de trente mille dollars. Certains payent jusqu’à cent cinquante mille, mais le coût le plus faible a été de trente-six cents, payé en mille neuf cent vingt-huit par Richard Halliburton qui l’a traversé … à la nage.
Merveille d’ingénierie surtout pour une construction au début du vingtième siècle, la construction du canal, initiée par les français et achevée par les américains, a coûté la vie à vingt-deux mille hommes. Les plus grandes difficultés rencontrées n’ont pas été techniques, mais sanitaires: les équipes étaient décimées par les maladies locales telles que la fièvre jaune et le paludisme.
Ce n’est qu’en mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf que le Panama est devenu propriétaire du canal, qui aide aujourd’hui à financer de nombreux projets d’investissement à travers le pays.
Une fois de retour à l’auberge, j’attends la fin de la pluie diluvienne qui s’abat sur la ville pour aller déjeuner d’un ceviche au marché au poissons. Le quartier n’est pas des plus engageants mais on m’a dit qu’il n’était pas particulièrement dangereux de s’y promener de jour -par contre, la nuit, il ne faut pas y aller- et comme j’arrive à me faire accompagner par deux français de l’auberge, c’est encore mieux. La portion de ceviche, poisson cru mariné dans du jus de citron vert avec de l’oignon et d’autres aromates, à première vue petite, s’avère en fait tout à fait nourrissante. Et qui plus est tout simplement délicieuse. Mes compatriotes m’expliquent ensuite que si ce n’est déjà fait, il faut absolument que je goûte le ‘séco’. Alors que nous demandons à un comptoir de rue s’il en vend, il nous répond que non mais nous montre la porte d’à côté. C’est ainsi que nous pénétrons dans un bar immense pour le quartier, sombre et baigné d’une musique si forte qu’elle nous permet à peine de nous entendre. Le séco est en fait une liqueur locale de je ne sais quoi, peut-être de canne à sucre, dont on fait passer le goût avec un soda citronné. Le résultat, agrémenté de glaçons, n’est pas mauvais, mais tape un peu en milieu d’après-midi. Lorsque nous quittons l’endroit, nous sommes officiellement amis du tenancier qui est venu nous serrer les mains au moins cinq fois. Sur le chemin du retour, pendant qu’un de mes nouveaux amis achète une poignée de cigares gros comme un pouce à cinquante cents pièce, l’autre s’est fait inviter à danser dans la rue.
Pas si dangereux que ça, le quartier, finalement. Plutôt sympathique, même, si on y met un peu du sien.
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Publié à 01:58, le 22/12/2009, Mots clefs : |
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Mardi 08 décembre
Il fait déjà nuit lorsque je monte dans le taxi panaméen que je partage avec une colombienne. La route me paraît incroyablement bonne, le taxi, récent. Toutes les voitures ont la carrosserie qui brille et me donnent une impression de modernité, d’une certaine richesse. Petit à petit, je découvre quantité de gratte-ciels illuminés qui se décrochent sur le ciel noir. Nous déposons ma co-voyageuse puis le chauffeur consent à me conduire jusqu’à Casco Viejo, la vieille ville de Panama City, de l’autre côté de la ville. Entièrement dangereux il y a quelques années de cela seulement, certaines parties sont aujourd’hui sécurisées. Pour d’autres, l’accès est soit déconseillé de nuit, soit classé en zone rouge permanente et à éviter absolument de jour comme de nuit: « derrière cette rue, tu n’y vas sous aucun prétexte, m’explique en anglais la fille qui m’accueille à l’hostal dans lequel j’ai réservé un lit en me tendant une petite carte du quartier. A éviter absolument ». Compris. Même si certaines zones sont sûres, je me sens peu gaillarde pour aller les découvrir de nuit et me contente pour tout dîner d’un thé et d’un paquet de petits gâteaux, d’autant plus que le sandwich avalé dans l’avion n’est pas loin.
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Publié à 03:50, le 19/12/2009, Mots clefs : |
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Lundi 07 décembre
Il est dit dans les guides qu’une virée aux thermes de Papallacta fait partie des excursions facilement accessibles depuis Quito sur une journée. Il nous aura tout de même fallu quatre heures de bus aller et trois heures retour pour gagner ce petit havre de paix niché dans la montagne, comme au bout du monde. Une douzaine de bassins propres et bien aménagés -il paraît qu’il y en a vingt-quatre- permettent de profiter des eaux thermales allant du plus glacé à soixante degrés. Chris, un ami allemand que Sébastien a rencontré sur la côte équatorienne et qui est actuellement à Quito également, nous a accompagnés dans cette petite sortie de santé. Nous passons donc tous trois environ quatre heures à barboter dans un bassin, puis un autre, à nous rafraîchir dans ceux d’eau glacée ou carrément dans la rivière si nous n’y tenons plus. Tout autour de nous, les montagnes verdoyantes offrent un paysage apaisant, la vallée est suffisamment large pour ne pas nous oppresser, quelques fleurs roses et blanches colorent les arbres ici et là. A la fin de la journée, nous sommes tout simplement épuisés, comme lessivés autant de l’intérieur que de l’extérieur.
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Adieu fayots, riz, poulet et lentilles ! (que je crois, enfin, même pas à demi). Je m’en vais vers le Grand Nord, je rejoins l’autre hémisphère, et, j’avoue, compte bien aller me réchauffer un peu au bord de la plage après tout ce temps passé en ces belles contrées montagneuses. Au-revoir trajets de bus à un dollar de l’heure, Panamas haut perchés sur les têtes des femmes, musique à tue-tête pendant les trajets, fromage ultra salé acheté dans les marchés et sauvagement croqué à pleines dents, savoureux jus de fruits frais.
Je quitte l’Amérique du Sud pour sa voisine la Centrale et vais retrouver … fayots, riz, et poulet !
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Publié à 03:46, le 19/12/2009, San Francisco de Quito Mots clefs : |
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Dimanche 06 décembre
Il n’y a particulièrement rien à faire le dimanche en Amérique du Sud en général, et nous n’avons pas la motivation pour être particulièrement actifs. Nous passons donc la majeur partie de la journée « à la maison », entre la terrasse ou le patio de l’auberge, et ne sortons que pour manger. Ceci dit, le cochon-grillé-purée du marché de proximité est délicieux et le brownie hors de prix du pâté de maison voisin n’est pas mal non plus. Il va bientôt falloir que nous remettions le nez dans la rue, la nuit commence à tomber et un petit creux à pointer. Je suis contente de ma journée, j’ai réussi à réserver un lit dans un hostal à Panama City pour dans deux jours, avec hamacs un peu partout et pancakes à volonté au petit-déjeuner, s’il-vous-plaît. Voilà qui s’annonce bien.
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Publié à 01:21, le 7/12/2009, San Francisco de Quito Mots clefs : |
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Jeudi 03 décembre
Après deux bus et quatre heures de trajet, nous voilà à Quito, ou plutôt à son terminal terrestre sud, situé à une heure environ de trolley du centre ville, si l’on compte les coupures d’électricité.
Quito ne compte qu’un million et demi d’habitants mais est particulièrement étendue, toute en longueur au pied du volcan Pichincha. Il pleut des cordes lorsque nous descendons du trolley et ce jusqu’à ce que nous ayons mis les valises dans une auberge.
Vendredi 04 décembre
Nous marchons. Nous marchons depuis l’hostal jusqu’au parc de loisirs situé au pied du Téléphérique situé au milieu du versant ouest de la ville, nous marchons ensuite jusqu’à la vieille ville, en passant par la Basilica, la Plaza Grande et celle de San Francisco sans oublier la Catedral, San Domingo et j’en passe. Toute cette semaine durant, Quito célèbre sa fondation. Cela se traduit en défilés de bus musicaux, les chivas, dont la partie destinée à recevoir les passagers est simplement constituée de bancs de bois et dont la toiture reçoit une banda joyeuse pour l’occasion. Toutes les écoles organisent aujourd’hui une sorte de kermesse, transformant les trottoirs et chaussées en marelles géantes. Des concerts et manifestations sont organisés un peu partout en ville, mais le fronton de la cathédrale, place San Francisco, fait partie des sites majeurs.
Quito, et plus particulièrement sa vieille ville, n’est pas réputée pour sa sécurité. Cependant, je ne me sens nullement en insécurité et déambule tranquillement dans les rues ensoleillées. J’ai mis mon appareil photo dans la poche gauche de mon pantalon pour y avoir accès plus facilement et photographier librement sans à chaque fois le chercher dans mon sac à dos. C’est alors qu’à un coin de rue, un énorme crachat me passe juste devant, me laissant quelques traces sur le bras gauche. Tout en continuant de marcher, je récupère le rouleau de papier toilettes dans mon sac et m’essuie le bras. C’est alors que je sens comme une légèreté soudaine dans ma poche gauche. Le temps de réaliser que quelque chose ne colle pas, je soupçonne deux personnes: une femme qui marchait à côté de moi depuis quelques mètres et un petit garçon qui est passé furtivement. Le garçon est déjà loin. Je regarde la femme, au visage un peu balafré, d’un air interrogateur. Elle me lance: « quoi ?! ». Nous continuons toujours à avancer. Je refais rapidement le point dans ma tête et lui tapote le bras pour l’arrêter.
« Quoi ?? » me lance-t-elle à nouveau. Incapable de sortir le moindre mot sensé en espagnol, je la regarde intensément, la scrute, bouche ouverte et air autant interrogateur que sidéré et aperçois alors mon appareil photo caché entre son buste et son bras gauche. Je le récupère gentiment mais fermement. Lorsque je relève la tête, elle a déjà filé loin, sans demander son reste.
Samedi 05 décembre
Otavalo est une petite ville située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Quito et réputée pour être le siège du marché artisanal le plus important d’Amérique du Sud. Compte tenu de la nature de la route, il faut deux heures de bus pour s’y rendre. Depuis le terminal de bus nord de la ville, celui de Carcelén. Pour lequel il faut d’abord emprunter une des trois lignes de trolley jusqu’au terminal, puis prendre un autre bus de liaison. La vue sur Quito et sa région nord est par chance dégagée à l’aller, bien qu’il me faille reconnaître que j’en rate quelques passages car je me laisse mollement aller à fermer les yeux au rythme des virages. Ce qui n’est pas plus mal car si je les ouvre je prends conscience des dépassements furieux dans lesquels se lance notre chauffeur de bus, sans bien sûr tenir compte des doubles lignes continues qui, compte tenu du peu de cas qu’en font tous les utilisateurs de la route, ne semblent être là que pour décorer un peu la route.
Avant d’attaquer la part purement touristique de la ville et son marché artisanal et pour nous remettre de notre dure matinée nous trouvons le marché de denrées alimentaires et nous nous y posons pour déjeuner. Lorsque nous nous relevons le ventre rebondi après une soupe et une plâtrée de riz, nous sommes tout juste bons pour une sieste sous un platane mais nous prenons notre rôle de touristes très à cœur et partons à l’assaut du gigantesque marché artisanal qui couvre une place entière et toutes les rues alentour. Nous ne nous laissons pas déstabiliser par la grosse averse qui s’abat sur la ville en milieu d’après-midi et continuons à aller de stand de hamacs en stand de bijoux de graines, de napperons en pulls de laine d’alpaga, de ponchos en flûtes, de sacs en figurines. Sans oublier les chapeaux, les fameux.
Il n’y a rien de plus épuisant qu’une journée passée entre les bus et les marchés à touristes. Heureusement, nous avons pris le temps de nous acheter de quoi nous faire une ventrée de guacamole, ce qui nous permet de ne pas avoir à ressortir de l’hostal une fois que nous y avons trouvé refuge. De toutes façons, il fait nuit, et il pleut. Dix petits degrés seulement pour la capitale Equatorienne en cette nuit de décembre. En tongs, ça commence à faire frais.
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Publié à 04:03, le 6/12/2009, San Francisco de Quito Mots clefs : |
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Lundi 30 novembre
Je suis moins venue à Baños pour les bains thermaux, réputés pour être surpeuplés et donc d’une détente et d’une hygiène discutables, que pour descendre à vélo la route qui en part et qui mène à Puyo. Elle fait plus de soixante kilomètres en tout pour mille mètres de dénivelée mais la première moitié est bien plus intéressante que la seconde et on peut a priori facilement trouver un bus pour un camion pour se faire remonter en route.
Ted, un américain rencontré la veille dans le bus, Carl, un anglais rencontré à l’auberge de jeunesse, et moi louons des VTT pour la journée, enfilons nos casques qui nous font ressembler à La Septième Compagnie et partons à la découverte de celle qui est réputée pour être l’une des plus belles routes de l’Equateur. Nous longeons le Rio Pastaza à flan de montagnes Andines verdoyantes pour plonger petit à petit dans la forêt humide. La route emprunte une série de tunnels mais la plupart sont doublés d’un chemin pavé ou rocailleux bordant la falaise et nous dispensant de les prendre. Sauf le premier. Là, nous n’avons pas le choix, il faut foncer dans l’antre de la terre. Je m’y engage en tête et me comprends assez rapidement pourquoi la femme qui nous a loué les vélos nous a dit d’y aller prudemment. Le tunnel n’est nullement éclairé et nos vélos ne possèdent bien évidemment pas de phares, ce qui fait que sur tout le tronçon central je n’y vois simplement rien. Que du noir. Tout ce que je vois, c’est le bout du tunnel, droit devant. Je n’ai plus qu’à espérer qu’il n’y a rien en travers de la chaussée. Contents d’en être sortis, nous nous arrêtons ensuite admirer plusieurs cascades, prenons une fois une petite cabine tyrolienne pour traverser le rio et nous rapprocher de l‘une d‘elles, marchons une autre fois une grosse demi-heure dans la forêt luxuriante pour terminer en démarche de canard dans une faille rocheuse pour en admirer une autre.
Après déjeuner, nous nous faisons doubler par une moto, et quand je vois le sac-à-dos il me semble bien reconnaître … mais non, trop tard pour appeler de toutes façons. Je guette alors toute moto venant à contresens après un éventuel demi-tour lorsque la revoilà, quelques dizaines de minutes plus tard. Quasiment sûre de mon coup, je fais de grands gestes de bras pour l’arrêter. Oui, c’est bien lui ! Voilà comment nous nous retrouvons avec Sébastien, que je n’ai pas vu depuis cinq mois hormis une rapide entrevue à l’aéroport de Christchurch début septembre.
Mardi 1er décembre
Mon auberge propose le matin des bains de vapeurs pour moins de trois dollars. Il est indiqué que ceux-ci sont plus sains que les bains turcs ou encore que le sauna et le hammam. Il ne faudrait donc surtout pas m’en priver.
Comme indiqué, je me présente à jeun afin de profiter pleinement des bénéfices de la séance. Sébastien est venu me rejoindre pour se purifier lui aussi. Nous prenons place côte à côte, chacun assis dans une sorte de grosse boîte de bois. L’opérateur en ferme les portes et fait glisser les couvercles qui ne laissent dépasser que nos têtes. Petit à petit, de la vapeur chaude est diffusée dans la boîte depuis le dessous du siège. Le surplus s’évacue en filets par le petit interstice subsistant entre le couvercle et le cou. Je dispose d’une manette me permettant de régler la température, plus chaud je baisse, moins brûlant je remonte. Je ne sais pour l’instant si les bénéfices de l’opération sont avérés, mais il n’y a en tous cas rien de tel qu’un tel spectacle pour être de bonne humeur pour la journée.
Au bout d’environ quatre minutes, nous sortons, attrapons une serviette imbibée d’eau froide et nous la passons sur le corps selon un schéma bien précis. Puis nous retournons cuire à la vapeur. Nous avons à un moment donné droit à un bain de siège glacé pendant lequel nous devons nous masser l’estomac en cercles réguliers tandis que l’opérateur fait profiter le reste de notre corps de la froideur de l’eau. Après une quarantaine de minutes, à point, nous terminons par une petite douche au jet, froid lui aussi.
En sortant de là, j’ai une faim de loup et ajoute du fromage et une grande plâtrée de fruits à mon assiette de pain perdu. Une fois que j’ai fait englouti tout cela à l’aide d’un thé et d’un jus de fraise frais, ça va déjà beaucoup mieux.
L’après-midi, toujours avec Sébastien, nous profitons d’une petite promenade à cheval pour découvrir la vallée amont de Baños et apercevoir le Volcan Tungurahua qui se dresse à quelques huit kilomètres de là. Actuellement actif, cela fait néanmoins cinq mois qu’il se tient tranquille et il évacue généralement sa lave sur le versant opposé à la ville. Généralement.
Notre promenade de trois heures a finalement été bâtie sur le principe suivant: une heure de trajet aller, une heure pour boire un verre chez le vieil ami qui tient un refuge perdu dans la montagne, et une toute petite heure de retour car les chevaux et le guide sentent le retour à l’écurie. La balade fut très jolie et nous entre deux nuages nous avons même vu le sommet du volcan.
Après une telle journée, nous ne faisons pas long feu le soir et pour une nuit en dortoir, je dors merveilleusement bien et merveilleusement longtemps.
Mercredi 02 décembre
J’avais prévu de rester à Baños jusqu’à jeudi et Sébastien voulait faire du rafting. J’en ai certes fait il y a quelques jours seulement mais une petite session de rappel n’est jamais de refus. Comme disent les guides, l’eau du rio Pastaza est aujourd‘hui « chocolat ». Comprendre boueuse à souhait et porteuse de microscopiques particules de roche qui réduisent à zéro toutes chances de parvenir à bien rincer son maillot de bain. Ceci étant, malgré un guide qui n’a pas le don de mettre une ambiance inoubliable et quelques collègues de pagaie maigrement débrouillards, la descente possède quelques bons rapides qui la rendent fort sympathique et qui nous rendent fort mouillés, mais heureux.
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Publié à 04:28, le 30/11/2009, Ambato Mots clefs : |
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Dimanche 29 novembre
Me voilà au pays des volcans, des cônes dissimulés dans les nuages, des coulées de lave le long de leurs pentes et qui ont manifestement traversé les routes au vu des gravats gris amoncelés de part et d’autre.
Baños est une ville qui a première vue ne me semble pas avoir un charme excessif en tant que telle, mais ce serait sans compter les volcans qui dominent la ville tout autour.
J’ai pris depuis Cuenca deux bus pour venir ici, le premier d’une durée de sept heures environ, non que la distance soit importante, mais dans le vieux coucou de bus ne va pas bien vite dans les routes andines. Le second ne durait d’une petite heure. Entre les deux … je me suis faite déposer par le premier à un rond point, on m’a indiqué la route qui allait à Baños m’a fait comprendre qu’il me fallait héler le premier bus qui passe. Ce que j’ai fait. Et ce qui a fonctionné, sans que je n’aie à attendre ne serait-ce que dix minutes. Ce n’est tout de même pas compliqué d’avoir un réseau de bus et de correspondances efficaces.
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Publié à 04:28, le 30/11/2009, Ambato Mots clefs : |
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Jeudi 26 novembre
Malgré ma première impression de la ville plutôt humide, la saison des pluies tarde à arriver. Toute l’électricité du pays s’en trouve perturbée puisqu’elle est entièrement hydraulique et que la région de Cuenca en produit à elle seule environ la moitié. Les coupures peuvent être longues et régulières, mais elles se cantonnent la plupart du temps à la journée.
Le Parque Nacional Cajas, à une trentaine de kilomètres de Cuenca, produit avec une des densité de lacs des plus importantes au monde plus de soixante pour cent de l’eau consommée par la ville et ses alentours. Donnée positive pour moi mais négative à plus grande échelle, il ne pleut pas lorsque je visite le parc, il fait même particulièrement bon pour la saison alors que nous nous situons à quelques quatre mille mètres au-dessus du niveau de la mer, soit plus de mille cinq cent mètres plus haut que la ville. D’un point de vue agricole, la région est spécialisée dans l’élevage de bétail, de vaches plus particulièrement pour la production de lait et de fromages tandis que le nord du pays, plus tropical et bénéficiant de terres fertilisées par les cendres des volcans, produit les fruits et légumes.
A trois mille mètres, la végétation se compose encore d’une forêt primaire humide où lamas et chevaux sauvages se plaisent à brouter l’herbe verdoyante. Plus on monte et plus la végétation se fait basse et drue, laissant toutefois place à quelques bosquets de quinoas, arbres aux petites feuilles argentées dont les troncs rouge-orangés s’épluchent en feuilles si fines qu’autrefois les hommes s’en servaient pour rouler leurs cigarettes. Se promener entre les troncs tordus qui s’entremêlent me donne l’impression d’évoluer dans une forêt de conte de fées. Entre les touffes d’herbe sèche et drue poussent de minuscules fleurs, des bleues, des blanches ou encore des jaunes et rouges en forme de sucette-berlingot. Je n’aurai pas la chance d’en voir une oreille mais avec les lamas habitent ici des pumas ainsi que des renards, lapins, ours « à lunettes » -ils sont bruns avec le contour des yeux clair- et aussi colibris, aigles ou condors.
En espagnol Cajas signifie boîtes mais il faut plutôt aller chercher le symbolisme du nom du côté du langage Quichua parlé du temps des Incas. L’appellation d’aujourd’hui a en fait dérivé du nom originel de cette région, cachas, qui signifiait alors tout simplement froid. Malgré cela les Incas n’ont pas délaissé l’endroit et ont comme partout ailleurs dans l’empire tracé de nombreux sentiers encore utilisés aujourd’hui. Ils marchaient quelques deux cent kilomètres pour rejoindre l’océan Pacifique et y vendre la quinoa, le maïs ou encore les pommes de terre andines tandis qu’ils en ramenaient des coquillages monnaie d’échange de la civilisation.
Vendredi 27 novembre
San, un canadien qui a effectué la visite du Parc National de Cajas dans le même groupe que moi, a essayé de me convaincre d’aller passer un jour ou deux dans la ville paisible de Vilcabamba, réputée pour sa tranquillité et la longévité de ses habitants. Il y est presque parvenu. Mais c’était sans compter l’invitation de la femme qui tient l’auberge familiale où je dors d’aller passer la journée du samedi avec elle dans sa maison de campagne, à une heure environ à l’ouest de Cuenca.
Bénéficiant d’une journée supplémentaire à parcourir les ruelles de Cuenca, j’en profite pour aller visiter le musée d’art moderne et assiste en en sortant à un hommage clownesque coloré sur la place San Sebastian. Lorsque j’en reviens, mon hôte m’annonce finalement que nous ne partons pas demain matin à six heures du matin mais aujourd’hui en fin d’après-midi car il y a eu un décès dans la famille, un grand oncle de quatre-vingt-dix-huit ans. Je ne comprends pas tout, ne sais pas exactement où je vais ni ce que je vais y faire, mais étant conviée avec grand sourire malgré l’événement, je rassemble quelques affaires et m’apprête à aller voir la campagne alentour.
Dans la carrosserie qui roule malgré des amortisseurs complètement à plat et les portes déchaussées montent également sa sœur et le fils de celle-ci. Nous voilà partis. En route nous nous arrêtons acheter des monticules de pain. Je ne comprendrai que plus tard qu’il est destiné à accompagner le café que tous ceux qui s’apprêtent à passer la nuit à veiller le mort.
On m’accueille chaleureusement, m’installe devant une plâtrée de riz, de poulet et de salade du jardin, me dit que je dois me sentir comme à la maison. Nous retrouvons ensuite le reste de la famille et il y a là comme un battement. Le petit pont qui mène à la maison de veillée s’est effondré avec les récentes pluies. Il faut donc passer la rivière à gué, en quatre-quatre, et la répartition des membres de la famille ne semble pas être simple.
Ne sachant toujours pas où je vais dormir, je suis finalement prise en charge par le fils de la sœur, celui qui était dans la voiture. Léando. Il ne connaissait presque pas le défunt et ne semble pas particulièrement enthousiaste à l’idée de passer toute la nuit à le veiller. Nous tentons d’abord un bar-discothèque de la ville -tout de même dans les six mille habitants, éparpillés dans les collines- mais au vue de la fréquentation flirtant avec l’inexistant, nous achetons finalement une bouteille d’une liqueur de pêche locale et nous rendons à la cabane qui, je l’ai enfin compris, allait être mon gîte pour la nuit.
L’épaisseur de boue agglutinée sous mes chaussures dépasse de loin celle des semelles. Je me passe de la douche qui n’est de toutes façons que froide et me couche dans des draps improvisés sur un lit qui grince et menace de s’écrouler au moindre de mes tremblements. Ah! Les joies de la campagne !
Samedi 28 novembre
A six heures du matin, il fait certes jour lorsque Léando me demande si je veux aller marcher, là-haut, sur la colline. Moui, pourquoi pas. Tiens, il n’y a pas grand monde dans le brouillard à cette heure-ci. Après deux bonnes heures de balade je mets mes pieds sous la table qui l’est presque tout autant de la maison des grands-parents et avale une grande assiette de riz avec un œuf et quelques morceaux de pomme de terre. Le café qui accompagne le tout est « maison », depuis la culture des grains jusqu’au mélange avec de l’eau chaude. Il a un peu goût de grillé mais il est délicieux. Je fais entre autres la connaissance de l’une des tantes qui, institutrice, n’a pas été payée par le gouvernement depuis cinq mois. Les caisses sont vides. Début décembre, peut-être, elle devrait toucher trois mois de paye.
Je devais peut-être monter à cheval ou me prélasser au bord d’une piscine. Au milieu des funérailles personne ne me reparle de canasson et le temps est tout de même un peu nuageux pour une baignade. J’accompagne donc Léando lorsqu’il attrape un bus pour rentrer à Cuenca. En même temps, je n’ai nulle part d’autre où aller.
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Publié à 20:49, le 27/11/2009, Cuenca Mots clefs : |
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Mercredi 25 novembre
Cuenca est la troisième ville la plus importante du pays avec quatre cent mille habitants. Déclarée Patrimoine Mondial de l’Unesco en mille neuf cent quatre-vingt-seize, elle a été fondée en mille cinq cent cinquante-sept par les espagnols sur les ruines de Tomebamba, importante cité Inca fondée un siècle plus tôt mais détruite par la guerre civile entre les frères Atahualpa et Huascar. Il ne reste quasiment rien de l’ancienne cité Inca.
Le point central de Cuenca est le Parque Calderón qui s’étend au pied de la Catedral Nueva, joliment fleuri et planté de palmiers. Centre de culte le plus important parmi les cinquante-deux que compte la ville pour une population à quatre-vingt-dix-sept pour cent catholique, la Catedral Nueva est la deuxième plus grande cathédrale d’Amérique du Sud -la première étant située au Brésil. Dotée d’énormes dômes bleus en toiture, elle est sinon plutôt sobre, autant d’un point de vue extérieur qu’intérieur, mais n’en est pas moins imposante. Le reste de ma promenade dans les rues de la ville me conduit devant d’autres églises et sur les bancs d’autres parcs, déambulant dans les petites rues bordées de bâtiments coloniaux joliment ornés de moulures, parfois colorés, parfois sobrement blancs, tous comprenant deux étages en moyenne.
Je me rends le soir à un spectacle de danse, suite à une affiche rouge aperçue sur un mur en pierre: « Carmen ballet para orquesta de cuerdas y percusion. 25 noviembre. Teatro Sucre 20h00 ». J’ai en vain cherché le théâtre en question pendant la journée, ne trouvant à l’adresse indiqué qu’une grille donnant sur l’arrière du palais de justice, et me suis résignée à me présenter devant la même grille vers sept heures.
C’est bien là. Mais les deux agents de sécurité, seuls présents sur le site, me recommandent de venir d’ici une petite demi-heure pour réserver ma place. Je l’obtiens sans peine puisque même vingt minutes avant le début du spectacle je figure parmi les premiers clients.
Je suis finalement un peu déçue par ce spectacle qui me paraît bien plus amateur que professionnel et dont la technique est loin d’être époustouflante. Néanmoins, il est toujours intéressant de voir de quelle manière est vulgarisée la culture et pour seulement trois dollars -environ deux euros- je n’ai pas perdu ma soirée. Fort heureusement, ils ont eu la fort bonne idée de limiter la durée de la représentation à une heure.
Oui, en Equateur, la monnaie officielle est le dollar américain depuis que le Sucre a succombé à une importante crise économique en l’an deux mille. Aux billets verts à l’effigie des Etats Unis d’Amérique s’ajoutent des pièces de un dollar sur lesquelles il est également écrit: « IN GOD WE TRUST ». Certains centavos, quant à eux, sont les seuls vestiges d’une identité nationale, les pièces américaines étant mêlées à d’autres frappées par la Banque Centrale d’Equateur.
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Publié à 20:49, le 27/11/2009, Cuenca Mots clefs : |
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Mardi 24 novembre
Première soirée en Equateur.
Après trois vols et une journée entre les avions et les aéroports, j’arrive à La Cuenca. Il pleut. Je demande au chauffeur de taxi:
« Il pleut tous les jours en ce moment ?
- Non, me dit-il. C’était très sec pendant longtemps. Ca vient juste de commencer ».
Arriver le premier jour de la saison des pluies, c’est tout un talent.
Je demande au gardien de l’auberge familiale où j’ai pris une chambre qu’il me recommande une adresse pour manger dans le quartier. Me voilà donc attablée à un restaurant colombien -oui, je sais …- lorsque j’entame la lecture d’une revue qui se trouve sur ma table. Vistazo, daté du 6 novembre 2009. Une rubrique dans les premières pages s’appelle « Perlas », et les perles en question sont des citations de personnages politiques du pays, à savoir par exemple celles-ci
« Estamos inmersos en la corrupción más profunda que ustedes se puedan imaginar », Carlos Pólit, Contralor General de la Nación
(Nous sommes immergés dans la corruption plus que vous ne pouvez l’imaginez; Carlos Pólit, Contrôleur Général de la Nation)
« Soy enemigo de las reformas porque creo que este país no cambia con reformas penales sino con jueces decentes, abogados que no sean corruptos y funcionarios que quieran cumplir la ley », Alexis Mera, Asesor Juridico de la Presidencia de la República.
(Je suis l’ennemi des réformes parce que je ne pense pas que ce pays change avec des réformes pénales mais avec des juges décents, des avocats qui ne soient pas corrompus et des fonctionnaires qui souhaitent appliquer la loi; Alexis Mera, Conseiller Juridique de la Présidence de la République)
Bienvenue en Equateur. Je regrette de ne pas maîtriser mieux la langue espagnole, je pense que j’en ai raté quelques-unes.
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Publié à 23:31, le 25/11/2009, Cuenca Mots clefs : |
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Lundi 16 novembre
Cusco porte les signe du mélange de deux cultures, Inca et Hispanique. Les toitures des maisons sont pour la plupart ornés de petites figurines de terre cuite représentant deux taureaux accompagnés d’une croix. La dernière est bien évidemment une représentation catholique tandis que les premiers sont symboles de protection dans la culture Inca. Ensemble, ils protègent l’habitation et son contenu.
La Vallée Sacrée s’étend d’Urcos au sud-est au Machu Picchu au nord-ouest, le long du rio Vilcanota - signifie rio Sacré en Quechua, langue indigène de la région- qui après avoir traversé la petite ville d’Urubamba prend le nom de rio … Urubamba. A une trentaine de kilomètres de Cusco se trouve la petite ville traditionnelle Andine de Pisac dont la citadelle aujourd’hui en ruines marquait autrefois l’entrée de la Vallée Sacrée. Une bonne partie des terrasses agricoles sont encore utilisées aujourd’hui tandis que le site archéologique présente un excellent travail de la pierre. Lorsqu’on sait que les Incas ne connaissaient ni l’acier ni la roue, la qualité des constructions est encore plus impressionnante. Le lama n’étant pas vraiment bâtit pour la traction, ce sont les hommes qui tiraient les blocs de pierre de dimensions monstrueuses depuis parfois d’autres montagnes voisines. S’il fallait traverser une rivière, ils plaçaient les blocs près de la rivière, déviaient celle-ci pour pouvoir les tirer au travers de son lit, puis relaissaient l’eau suivre son cours naturel. Pour gravir les montagnes -parce que les temples étaient bien entendus construits au sommet de monts afin d’être plus près du soleil- il construisaient des rampes le long de celles-ci. Le site d’Ollantaytambo, situé plus loin dans la vallée et qui n’a jamais été terminé puisque les espagnols sont arrivés avant que les incas n’en aient eu le temps, présente des blocs de pierre de plus de cinquante tonnes dont l’analyse de la roche permet clairement d’établir qu’ils venaient de la montagne d’en face.
Mardi 17 novembre
Je suis déjà réveillée quand sonne mon réveil. Il est trois heures quarante-cinq du matin. Il fait encore nuit, j’ai l’impression qu’il a plu toute la nuit et qu’il pleut encore. En fait non. Ce doit être le bruit d’une canalisation que j’entendais depuis ma chambre. Je saute dans mon pantalon, avale une banane et retrouve Elisabeth et François-Xavier sur le palier. Munis de nos lampes frontales, nous traversons la petite ville d’Aguas Calientes en direction du sentier qui mène aux ruines des ruines, celles du Machu Picchu. Nous nous apercevons vite que nous ne sommes pas seuls. Quelques couples de personnes ainsi que tout un groupe ont eux aussi chaussé leurs chaussures de marche les yeux encore endormis.
Nous suivons d’abord la piste empruntée par les bus et criblée de nids de poule emplis d’eau que je mets toute ma concentration nocturne à éviter puis, après le pont sur le Rio Urubamba, nous coupons à travers la forêt humide. Le sentier est en fait un escalier de pierres grises et de marches irrégulières, trop grandes pour mon souffle et pour mes jambes. Tous les randonneurs font des pauses régulières, soufflent, boivent, puis repartent. Le jour se lève petit à petit, dégageant les sommets à pic des monts alentours, nous donnant une idée de l’échelle du paysage qui nous entoure. De la brume et quelques nuages sont accrochés ici et là mais par chance il ne pleut pas.
A six heures moins le quart, après une heure quarante-cinq de randonnée, nous sommes plantés dans la file d’attente pour accéder au site du Machu Picchu, qui ouvre à six heures. Des hommes en uniforme viennent nous demander si nous souhaitons faire l’ascension du Huayna Picchu, mont voisin qui surplombe le site archéologique et que l’on aperçoit sur toutes les cartes postales. Voilà pourquoi nous nous sommes levés aussi tôt: pour des raisons de sécurité seules quatre cents personnes sont autorisées à gravir le Huayna Picchu -ou Waynapicchu- par jour, il faut donc être parmi les premiers pour obtenir le tampon d’autorisation sur notre billet d‘entrée.
L’ascension de ce sommet est certes raide, une volée d’escaliers de pierre irrégulières qui n’en finissent pas et qui tombent bien souvent à la verticale sur le côté qui ne s’appuie pas sur la montagne, mais la satisfaction d’avoir gravit ces quelques centaines de mètres supplémentaires ajoute une dimension supplémentaire au splendide panorama qui s’offre au randonneur depuis le sommet. Un sentiment de bonheur mérité. A deux mille six cent trente-quatre mètres au-dessus du niveau de la mer. Non, je ne manque pas d’air.
Le site du Machu Picchu n’a été découvert qu’au début du XXème siècle, en mille neuf cent onze plus exactement, par l’explorateur américain Hiram Bingham. Les colonisateurs espagnols n’ayant pas réussi à mettre le pied dessus, le site est dans un état de conservation incroyablement bon, bien qu’il soit suspecté que les Incas eux-mêmes aient mis le feu à la cité avant de l’abandonner et que le temps avec l’aide de la nature -végétation, eau- soit la cause principale de dégradation. Accompagné par deux locaux, Bingham a reçu dans une petite hutte l’hospitalité d’une famille qui lui a décrit un système important de terrasses où elle avait trouvé un sol particulièrement fertile pour ses plantations. Il a été accompagné sur le site par le garçon de onze ans et il ne lui a pas fallu longtemps pour se rendre compte qu’il se trouvait devant d’importantes terrasses Inca, plus d’une centaine, qui avaient été déforestées pour accueillir les plants de la famille. Le rôle du Machu Picchu dans la civilisation Inca est encore débattu, mais son importance en tant que centre agricole est indiscutable. Compte tenu du nombre de temples et du fin travail de la pierre, le site jouait indubitablement un rôle spirituel, mais il n’était pas inhabituel pour les Incas de mêler tâches économiques et activités religieuses. La cité a été conçue et construite au milieu du XVème siècle par l’empereur Pachacuti, premier à étendre l’empire derrière Vallée Sacrée vers la forêt tropicale.
Pour la redescente vers Aguas Calientes qui s’appelle en fait maintenant le Village du Machu Picchu, nous avons une « carotte ». Si nous arrivons suffisamment tôt, nous aurons le temps avant d’attraper notre train de faire un petit plouf dans les eaux thermales naturelles situées en amont des habitations. L’eau sulfureuse est trouble, jaunâtre, et le sol de gravillon fait un drôle d’effet au premier abord. Mais après quelques huit heures de marche, même quinze petites minutes de bain sont d’un bienfait indéniable.
Lorsque notre train s’arrête à la gare la plus proche de Cusco tombe une pluie diluvienne. Décidemment, il est temps que nous voyions la ville autrement que sous l’eau et dans la nuit.
Mercredi 18 novembre
Tous trois encore éreintés de la longue journée de la veille et du rythme effréné des derniers jours, nous tournons aujourd’hui un peu au ralenti. Nous déambulons dans les rues de Cusco que nous découvrons de jour et allons du sympathique quartier San Blas à la Plaza de Armas en passant par les petites rues, les reliques de murs Incas, les écoles. Nous allons faire un inévitable petit tour au marché, ne résistons pas à l‘appel d‘un massage d‘une heure et passons la journée comme cela, tranquillement.
Lorsqu’Elisabeth et François-Xavier sont partis prendre leur avion pour le nord du pays, je retrouve pour dîner Carly, Carly et Peter, mes co-voyageurs du désert Bolivien qui sont également à Cusco. Le monde est petit. Vraiment.
Jeudi 19 novembre
Je me lève en pleine forme: il fait beau et ce matin je fais mon baptême de parapente. Je petit déjeune copieusement en prévision: le grand air, ça creuse. Je me rends à l’hostal qui fait également agence de tourisme et où j’ai réservé ma sortie. L’agent me fait signe de patienter un petit peu dans la cour intérieure où je joue avec le chaton de la maison tout noir et tout ébouriffé. Il m’invite ensuite à m’assoir à son bureau, je suppose pour signer quelques papiers.
« Pas de sortie aujourd’hui. Les autres participants ont annulé et on ne sort pas à moins de trois personnes, le transfert jusqu’au site revient trop cher. A moins que tu ne veuilles payer un supplément …, m’annonce-t-il
- …
- Par contre demain il y aura une sortie. Sûr. Alors si ça te va …
- C’est-à-dire que oui mais est-ce que c’est vraiment sûr parce-que moi je veux vraiment faire du parapente et je voulais quitter Cusco demain alors je peux rester un peu plus mais il faudrait que je sois sûre de pouvoir sortir au moins,
- Sûr.
- Bon. Eh bien ce sera demain alors.
- Tu veux faire du cheval aujourd’hui ? ».
Voilà comment je me retrouve à galoper sous la pluie sur les hauteurs de Cusco. Inoubliable. Des chevaux vifs et un peu fous. Un guide qui m’explique en français les rituels traditionnels pour trouver son guide spirituel en se faisant guider par les plantes -lecture des feuilles de maté, consommation de cactus … je me fais d’ailleurs inviter à une cérémonie qui doit avoir lieu ce week-end, mais peu courageuse je crains de m’y rendre seule et perds l’occasion d’une soirée à n’en pas douter fort instructive. De bonnes averses. Une campagne colorée.
En fin de balade nous visitons le Temple de la Lune, une grotte dont l’entrée est gardée par un rocher qui ressemble à un éléphant. Au fond de la grotte, une percée dans le toit laisse passer la lumière du jour. C’est par là que passe également la lueur de la lune pour venir éclairer la table de pierre qui a été taillée là, la table destinée aux offrandes et sacrifices. Sur les parois et le sol, on distingue plusieurs sculptures d’animaux: un puma sans tête, un serpent qui montre le chemin … Des lucarnes sont creusées dans une paroi.
« C’est là qu’étaient installées les momies, m’explique mon guide. Contrairement aux Egyptiens, chez les Incas, les momies faisaient partie de la vie de tous les jours. Ils les sortaient au moins une fois par an et les déplaçaient d’un temple à un autre, selon les cérémonies ».
Vendredi 20 novembre
Forte de mon expérience de la veille, même quand je suis en haut de la montagne face au vide, casquée et installée dans mon harnais à attendre que le vent soit suffisant pour décoller je me dis que je ne serai sûre de voler aujourd’hui que lorsque je serai suspendue à la toile.
Après une dizaine de minutes d’attente et quelques faux espoirs, mon accompagnateur me fait signe de me lever. Le vent change. Nous devrions pouvoir décoller. Il gonfle la toile et la fait monter. C’est à ce moment là que je courre vers le vide, droit vers la plaine à plusieurs centaines de mètres plus bas, sans appréhension aucune. Le paysage est à couper le souffle. Les champs rouges de terre de la vallée sont entourés de montagnes vertes et grises dont les sommets enneigés sont pris dans quelques nuages légers. Des tâches d’un vert profond marquent la présence d’eau ou de champs aux cultures plus avancées. J’aperçois le village d’Urubamba au loin; de l’autre côté un lac reflète les quelques nuages du ciel comme un miroir. Je courre, courre, continue à courir même lorsque je ne touche plus le sol au cas où nous redescendrions d’un coup, puis, lorsque nous avons passé le cap de la falaise, je passe un bras après l’autre derrière les sangles qui relient mon harnais à la toile et m’installe confortablement comme dans un fauteuil. Mais ce fauteuil là vole tel un oiseau à quatre mille mètres d’altitude, survolant la Vallée Sacrée entre les sommets des Andes. Tout est nature et douceur.
Après vingt minutes de vol environ, les yeux émerveillés et ayant un peu le tournis -nous avons attrapé un courant ascendant et avons patiemment gagné de l’altitude en tournoyant sur nous-mêmes - nous visons un champ pour l’atterrissage. Je lève mes jambes, prête à atterrir sur les fesses -dieu merci mon harnais-fauteuil-de-vol est rembourré. Comme nous sommes en altitude, pas d’atterrissage directement sur les jambes en courant, il y aurait trop de risque de cheville brisée. Un dernier coup de vent projette la toile par-dessus nos têtes, me faisant basculer de ma position de tortue retournée vers l’avant, genoux dans la terre molle.
Je retrouve à nouveau Carly, Carly et Peter pour dîner ainsi qu’un ami à eux qui loge dans leur auberge de jeunesse. Comme c’est vendredi soir, nous allons ensuite boire quelques verres. Lorsque dans un des bars trois d’entre eux reviennent des toilettes où ils sont allés tester la poudre locale, si facilement accessible et si peu chère qu’on en oublierait presque ce que c’est vraiment, j‘estime qu‘il est temps pour moi de rentrer. Nous ne sommes plus dans le même monde.
Samedi 21 novembre
A dix heures du matin, j’ai petit déjeuné, pris une douche un peu chaude, pas mal froide, beaucoup à attendre qu’il y ait tout simplement de l’eau, et j’ai rendu les clefs de ma chambre. Je n’ai plus qu’à attendre qu’il soit l’heure d’aller prendre mon bus qui part à vingt heures. Des grèvent sévissent en ce moment au Pérou, bloquant les routes ici et là. Pour me rendre à Trujillo, sur la côte nord-ouest, je dois par conséquent passer par Arequipa, au sud, et Lima, à l’ouest. M’attendent une nuit de bus de Cusco à Arequipa, une journée d’attente à Arequipa -il paraît que c’est une belle ville, ma foi- une seconde nuit de bus d’Arequipa à Lima puis une journée de trajet jusqu’à Trujillo. J’espère que les plages y sont vraiment belles.
Même si je trouve parfois le temps un peu long, j’arrive finalement à passer la journée à attendre avec une facilité assez déconcertante. Je commence par m’installer avec mon roman sur un banc Plaza de Armas. Il fait beau. On vient me proposer de me cirer les chaussures, on tente de me vendre des ceintures tissées main, des petites marionnettes de doigts en laine, même des bonbons à l’unité.
Pour le déjeuner, je me dirige vers le marché, m’arrête d’abord aux stands de jus de fruits pour mon jus de carottes du jour puis fais le tour des stands de restauration pour me faire une idée. Je porte mon choix sur celui d’une femme qui propose du ceviche, plat de poisson mariné dans du citron vert. Me voyant hésiter, elle me fait goûter les deux poissons qu’elle a: de la truite et un poisson de mer dont le nom ne m’évoque rien. J’opte pour la truite, fondante au palais. En retraversant le marché sur le chemin du retour, j’achète un petit morceau de fromage dans lequel je croque à pleines dents. Il est très, très salé. Mais c’est du fromage et ça fait du bien.
De la musique attire mon attention Plaza San Francisco. A l’autre bout de la place, un groupe joue gaiement sur une scène qui a été installée pour l’occasion. A côté sont installés des petits stands où l’on peut se restaurer. A écouter les commentaires de l’animateur, il s’agirait d’une fête culinaire de quelque sorte. Je m’installe sur un petit muret de la place et reprends la lecture de mon livre, en musique cette fois. Je suis à nouveau régulièrement interrompue par des vendeuses et vendeurs de rue, engage parfois un peu plus la discussion, puis retourne à ma lecture.
Je m’en retourne Plaza de Armas lorsqu’on me propose un massage de la tête aux pieds d’une heure et vingt minutes comprenant réflexologie et pierres chaudes. Hum, voyons, cela m’occupe jusqu’à seize heures, de quoi pouvoir aller me poser prendre un goûter dans un café par la suite. Parfait. Je ne regrette pas, je ressors comme neuve.
Je récupère mon bagage à l’hostal et me dirige vers le terminal de bus à pieds. J’ai le temps, il n’est même pas sept heures, et même traînant ma valise je n’en ai que pour une vingtaine de minutes de marche. Une fois arrivée, ne voyant pas bien vers où me diriger pour embarquer dans mon bus, je me rends au guichet où j’ai acheté les billets la veille. Le femme du guichet m’annonce le plus naturellement du monde qu’elle va mettre mes billets en « date à définir » puisqu’aujourd’hui mon bus ne part pas. Routes bloquées. Les manifestations.
« Et demain ?
- Appelez ce numéro à dix heures du matin, pour savoir s’il y aura des départs. Profitez de Cusco ! ».
Cusco. Je savais qu’en général les gens y restent plus longtemps que ce qu’ils ont prévu et ont du mal à en partir mais à ce point là…
Je traîne ma valise dans l’autre sens pour retourner à l’hostal. Dans ce sens là, ça monte. Je reprends une chambre puis m’en vais dîner. A mon retour, la réceptionniste m’explique qu’en fait la chambre qu’ils m’ont donné est réservée, qu’en fait tout l’hostal est réservé, mais qu’elle peut me proposer une chambre au deuxième étage derrière la salle de petit-déjeuner et la laverie avec les toilettes au rez-de-chaussée.
Je trouve une chambre dans une auberge familiale une cinquantaine de mètres plus loin. J’essaye la douche, les quelques gouttes qui tombent sont froides, indéniablement froides même après quelques minutes d’attente. Je me lave les dents et me mets au lit.
Finalement, je vais peut-être regarder les billets d‘avion de plus près.
Dimanche 22 novembre
J’appelle à dix heures le terminal de bus pour savoir si la circulation est rétablie aujourd’hui. On me dit de rappeler à quatorze heures. A quinze heures je suis au terminal de bus. Pas d’amélioration de la crise. Pas de départs de bus.
« Mais reviens demain, peut-être que … »
Je me fais rembourser mes billets, moins dix pour cents que je n’ai pas réussi à récupérer même en insistant lourdement. On est dimanche après-midi, les agences de compagnies aériennes sont bien sûr fermées. Je trouve une agence de voyage ouverte, mais on me dit de revenir demain, le système est verrouillé car on est dimanche. Je retourne à l’auberge, reprends ma chambre pour au moins une nuit, et m’apprête à aller sur internet lorsque j’entends:
« La connexion ne fonctionne pas. On ne sait pas pourquoi, ça vient du fournisseur. La pluie, peut-être … »
Allons-bon. Je mets une grosse claque au paquet de fraises molles bonbons que j’avais acheté en prévision du bus.
Un internet café plus tard j’ai finalement mon ou plutôt mes billets d’avion. Je quitte Cusco et le Pérou par la même occasion mardi. Demain, tout était complet. Je fais ensuite le tour des boutiques de la Plaza de Armas pour me trouver des barrettes à cheveux et ressors de l’une d’elles avec un bon pour une journée de rafting pour demain. Il paraît que le niveau de l’eau est assez haut et que les sensations devraient donc être bonnes. Non non je n’aurai pas froid. Oui le repas du midi est complet. Il y a même un sauna que je peux utiliser en sortant grelottante du bateau. Oui il y a un groupe demain. Déjà douze personnes.
Lundi 23 novembre
L’eau est entre six et neuf degrés en ce moment, nous dit un des guides. Avec un petit vent fraîchou et un ciel nuageux, je vous dis pas. Comme en plus elle est bien marron, je m’applique à ne pas tomber dedans, et je hurle « no way !» à l’attention du guide d’un autre rafting qui m’a attrapée par le gilet de sauvetage pour me balancer à l’eau, et je m’agrippe à la ligne de vie, la corde qui fait le tour du bateau. Ma résistance payera, et le guide en question fera le plouf à ma place.
Niveau de la descente: trois plus. Comprenez de bon remous, de l’eau plein la figure et le reste, les pieds pataugeant dans l’eau du fond du rafting, bref deux heures de descente bien sympathiques sans être dangereuses. Un peu de sport aussi. Si si.
Je savoure une dernière fois le panorama des Andes péruviennes, grandiose, qui s’impose tout autour du Rio Urubamba qui relie le Machu Picchu à Puno. Je me sens encore une fois bien petite face à la nature pourtant largement travaillée par l’homme. En effet, dans la région, les arbres endémiques ont largement été abattus pour la construction et ont été remplacés par d’autres essences d’import comme par exemple l’eucalyptus australien dont les essences embaument toute la vallée.
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Je n’ai rien vu du Pérou. Ou presque. Les blocages de routes causés par les protestations sociales ont en effet raccourci la liste des lieux que j’aurai visités. Passant la frontière depuis la Bolivie par la route, j’avoue ne pas avoir vraiment eu l’impression de changer de pays, l’un étant le prolongement de l’autre tant du point de vue des paysages que de la culture ancestrale. Certes, le Pérou a pour lui l’avantage du Pisco, boisson nationale s’il en est, alcool de raisin blanc qui peut se boire pur, avec du Coca-Cola ou encore en Pisco Sour, c’est-à-dire mixé avec du blanc d’œuf, de l’angustura et du jus de citron vert. C’est comme cela que je le préfère.
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Publié à 23:28, le 25/11/2009, Cuzco Mots clefs : |
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Vendredi 13 novembre
Le passage de la frontière entre la Bolivie et le Pérou ressemble un peu à celui entre l’Argentine et la Bolivie. Formalités de sortie, pont à traverser à pied, formalités d’entrée. Je descends du bus que j’ai pris à La Paz, attends une dizaine de minutes avant de pouvoir quitter officiellement la Bolivie au poste frontière, emprunte le pont bondé de piétons portant des sacs débordants de denrées et produits en tous genre et cherche des yeux le poste frontière du Pérou. Ah le voilà, et voilà la file d’attente. Enfin, une partie seulement, car celle-ci s’étend surplus de cent mètres, contournant les petites échoppes de rue. Je parviens finalement à trouver l’endroit à partir duquel je dois faire la queue et m’installe, debout, mon petit sac à dos sur le ventre, essayant de trouver la position la plus confortable qui soit pour lire en attendant patiemment mon tour.
Une heure quarante plus tard, mon passeport est enfin tamponné par les autorités péruviennes, je peux regagner mon siège dans le bus et me soulager un peu les jambes et le dos.
La route pour Puno, de bonne qualité, longe de plus ou moins près le Lac Titicaca sur son côté ouest, en direction du nord, traversant petits villages, champs d’agriculture ou de pâture. Les quelques collines portent toutes les vestiges des murets de l’agriculture en terrasse Inca. Il pleut, la saison des pluies a décidément débuté.
Le temps de visiter l’essentiel de la vieille ville de Puno - la Plaza de Armas et sa cathédrale du XVIIème siècle, témoin de la fusion entre le baroque espagnol et la culture indigène, le Parque Pino où se tient pendant quelques jours un marché artisanal, la Jirón Lima, piétonne, commerçante, touristique - et je retrouve Elisabeth et François-Xavier, amis français venus passer deux semaines de vacances au Pérou et avec lesquels je vais partager quelques jours de route.
Samedi 14 novembre
Me revoilà glissant sur le lac navigable le plus haut du monde, de l’autre côté de la frontière. Soixante pour cent du Lac Titicaca, dont le nom Aymara signifiant « Puma de Pierre » ferait référence à une roche sur l’Isla del Sol, fait partie du territoire péruvien tandis que les quarante pour cent restant sont situés en Bolivie. D’une température de dix degrés environs tout au long de l’année, il n’invite pas particulièrement à la baignade. De quinze fois la taille du Lac de Genève, il s’étend sur huit mille cinq cent kilomètres carrés et descend à deux cent quatre-vingt-trois mètres en sont point le plus profond. Les risques de pollution de l’eau semblent maintenant bien contrôlés mais le danger qui menace aujourd’hui le lac est la baisse générale du niveau d’eau, d’année en année. En effet, l’évaporation, plus importante que les pluies qui font pourtant chaque année remonter le niveau du lac d’un mètre à un mètre cinquante, menace les soixante variétés d’oiseaux, quatorze de poissons et dix-huit d’amphibiens qui habitent le lac, classé réserve naturelle depuis mille neuf cent soixante-dix-huit.
Le bateau nous emmène d’abord aujourd’hui voir les îles flottantes des Uros, peuple indigène venu habiter sur le lac pour se protéger du pouvoir des Incas. Les Aymaras ont aujourd’hui remplacé les Uros, mais les traditions ont peu changé. Ainsi, à quelques cinq kilomètres de Puno flottent une vingtaine d’îlots de totora, sortes de grands joncs aux racines ancrées dans le fond du lac et servant à tout construire: les îlots, les maisons, les matelas, les embarcations de pêche. Chaque îlot est habité par plusieurs familles parentes mais, si une des familles ne s’entend plus avec les autres, il lui suffit de découper le morceau d’îlot sur lequel est sa maison et d’aller s’ancrer ailleurs. Les enfants ont les joues brûlées par le soleil qui ne pardonne pas à cette altitude.
Nous accostons ensuite sur l’île Taquile, dont l’art textile fait partie du Patrimoine Oral et Immatériel de l’’Humanité. Deux mille personnes y vivent, élevant des moutons, plantant des pommes de terre et cuisinant pour les touristes que nous sommes. Sans pollution de véhicules, conservant un mode de vie ancestral, se guérissant de plantes médicinales et mangeant les poissons du lac, ils ont une espérance de vie de quatre-vingt quinze ans.
Depuis le haut de l’île, la vue sur les cultures terrasses, le lac reflétant les nuages tel un miroir et les monts enneigés de la Cordillera Real bolivienne est tout simplement merveilleuse. La nature semble avoir paisiblement gardé le pouvoir en ses lieux, faisant des hommes ses disciples.
Lorsque le soir je me connecte à internet dans un cybercafé, un orage de grêle s’abat sur la ville. Le responsable éteint les ordinateurs un par un tandis que quelques grêlons me parviennent à travers la toiture et atterrissent sur mon clavier. De beaux petits grêlons bien ronds.
Dimanche 15 novembre
Du XIIIème au XVIème siècle, il faisait bon se faire enterrer sur les monts de Cutimbo ou Sillustani lorsqu’on était un Inca important. Restent aujourd’hui les chullpas, tourelles circulaires de pierre édifiées comme mausolées dans lesquelles étaient enterrées des familles entières avec suffisamment de biens et de nourriture pour faire le chemin jusqu’à l’autre monde. Le site archéologique de Sillustani domine la presqu’île d’un petit lagon à trente-quatre kilomètres au nord-ouest de Puno. La plus grande chullpa conservée ne mesure pas moins de douze mètres et je me demande avec quelle force les hommes ont réussi à hisser les blocs de pierre qui font plus de deux mètres cube pour la bâtir. Il a été établi qu’ils les faisaient glisser sur des rails de bois depuis le sol, mais tout de même.
Sur le retour, notre chauffeur de taxi nous emmène voir la maison traditionnelle d’une famille de la région. Nous y dégustons un peu de fromage de vache frais avec de petites patates andines et apprenons à reconnaître les différentes céréales cultivées et utilisées par la famille. Lorsque je demande ce qu’il y a dans un petit récipient qu’on ne nous a pas montré, le chauffeur m’explique que c’est de la terre, une variété bien particulière, prise à trois ou quatre mètres sous le niveau du sol. Je gagne par la même occasion le droit de pouvoir la goûter avec une petite patate. Eh bien c’est simple, la terre, ça a goût de … terre. Ca croustille un peu sous la dent mais ça passe mieux que j’aurai pu l’imaginer.
Pour quelques sous, nous prenons un dernier jus de fruits frais et déjeunons au marché avant de saluer Puno et son lac majestueux. Après une heure et demie de route, après une nouvelle sérieuse averse de grêle, notre bus pour Cusco s’embourbe sur un chemin de terre, patine, puis redémarre en avançant en crabe. Il fait quelques mètres, puis s’enlise à nouveau. Des hommes prennent les pierres de la voix ferrée voisine et les lancent sous les roues pour pouvoir repartir. Certains passagers, inquiets, préfèrent descendre et attendre la suite des événements sous la pluie et dans le vent. Le bus parvient finalement à reprendre la route au moment exact qu’ Elisabeth et moi avons choisi pour sortir soulager notre vessie derrière un mur de ruine.
Je perds de plus en plus d’altitude, de La Paz à Puno d’abord j’ai perdu quelques deux cent mètres et voilà maintenant qu’à Cusco je ne suis « plus » qu’à trois mille trois cent quatre-vingt-dix-neuf mètres au dessus du niveau de la mer. La ville a l’air fort sympathique, même après un furtif aperçu de nuit et sous la pluie.
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Publié à 02:57, le 20/11/2009, Puno Mots clefs : |
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Jeudi 12 novembre
Peu de routes au monde possèdent l’intimidante réputation de l’ancienne piste reliant La Paz à Coroico, dans la région des Yungas du nord. Cet étroit chemin de terre et de pierres taillé dans la montagne abrupte et la plupart du temps bordé de précipices de plusieurs centaines de mètres et réputé pour être la route la plus dangereuse du monde et a été communément surnommé la Route de la Mort. Face aux accidents hebdomadaires aux issues bien souvent mortelles, une autre route tout aussi impressionnante mais moins dangereuse a été construire récemment, laissant l’ancienne voie la plupart du temps libre de circulation, pour le bonheur des vélos. C’est en effet à VTT que nous parcourons aujourd’hui cette route, ou plutôt ce chemin, qui ne descend pas moins de trois mille cinq cent mètres de dénivelé sur une longueur de soixante-quatre kilomètres. Nous aurions dû être plus nombreux mais nous ne sommes que deux, accompagnés d’un guide et suivis par la camionnette qui nous a conduits jusqu’au départ de la descente. Les autres participants auraient peut-être décommandé en raison du mauvais temps ? Il est vrai que nous commençons notre descente dans les nuages et la continuons sous la pluie. Mais cela n’enlève rien au charme de la région des Yungas à l’Est de La Paz où la Cordillera Real plonge dans la vallée amazonienne. Je reste d’ailleurs subjuguée par ce changement radical de paysage, par toute cette végétation luxuriante où plants de café, de fruits tropicaux et de coca poussent abondamment et ce à quelques dizaines de minutes de route à peine du désertique Altiplano.
Le pantalon que l’agence m’a prêté est trempé et me colle à la peau, l’eau me parvient jusqu’au bout des chaussures par capillarité à travers les chaussettes, la veste supposée être imperméable prend l’eau, je ferme la bouche pour ne pas avoir les dents pleines de boue et cligne des yeux comme je peux pour évacuer les projections de terre qui s’y sont installées, les mèches de mes cheveux trempés me collent au visage. Mais j’adore. Le visage éclaboussé de boue je m’accroche à mon guidon, décolle sur les cailloux et savoure cet incroyable décor de végétations, de cascades et de précipices qui m’entoure.
Nous achevons la descente supposée durer environ cinq heures en moins de trois heures et demie. J’ai même du pédaler un peu, bigre, moi qui croyais qu’il ne s’agissait que de descente. Sur la fin du parcours, la pluie s’arrête, me permettant de rouvrir la bouche pour reprendre mon souffle. Mais le mal est fait, mes chaussures font « sploch-sploch » quand je les pose au sol.
A l’arrivée, notre guide lave les vélos dans la rivière tandis que j’essaye d’en faire de même avec mes chaussures, puis nous allons prendre une douche bien nécessaire avant de nous remettre de nos émotions devant un bon buffet.
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Je m’apprête à quitter la Bolivie et ses paysages si différents les uns des autres, sa culture ancestrale encore fortement ancrée, ses femmes en habits traditionnels, jupon coloré aux cent plis et chapeau rond haut perché sur la tête -je me demande d’ailleurs toujours comment il tient- surplombant deux longues nattes noires ornées en leurs extrémités de pompons. Je quitte les messages de campagne présidentielle peints au gros pinceau sur les murs de soutènement de la route, les odeurs de coca dans la forêt, la musique entêtante dans les bus, les jus de carotte frais dans les marchés. Je quitte un pays plein de couleurs, dans tous les sens que le terme peut contenir.
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Publié à 02:46, le 20/11/2009, La Paz Mots clefs : |
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