Heureuse qui comme Lucie ...
Des nouvelles, émotions et anecdotes au fur et à mesure de mon tour du Monde.


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Tout vient à point à qui sait attendre

Lundi 28 décembre
Il fait beau. Un beau ciel bleu immaculé. Depuis nos plateformes, accrochées haut dans les arbres au-dessus de la forêt des nuages, nous apprécions les rayons de soleil qui illuminent les feuilles des arbres à nos pieds entre deux tyroliennes. Canopy tour, exciting zip line ou encore accro-branche, peu importe le nom tant que le mousqueton est là. Il paraît que nous faisons Tarzan ou Superman mais ce serait plutôt Jane et Superwoman, à nous lâcher dans le vide accrochées à une liane à trente mètres de haut et à traverser une vallée de sommet en sommet tenues par le dos, les yeux obligatoirement tournés vers le sol, si bas, si loin, à contempler la grandeur du vide.

Pour nous remettre de toutes ces émotions matinales, rien de tel qu’une petite visite de fromagerie locale. Nous ne sommes pas déçues. Les fromages, tous élaborés à partir de lait non écrémé, sont tendres et goûteux. Nous apprécions tout particulièrement l’emmental et nous faisons un honneur qu’il ne reste aucun morceau de dégustation.

Mardi 29 décembre

De retour à San José, après avoir changé de bus deux fois alors que le trajet est supposément direct, il est de bon ton d’aller déguster une bolée de ceviche au marché principal puis de le faire passer à l’aide d’un café aux grains fraîchement moulus.
 
Mercredi 30 décembre
Le volcan Irazú, fumant à trois mille quatre cent trente-deux mètres d’altitude, est le plus haut du Costa Rica. Situés à une cinquantaine de kilomètres de San José, ses trois cratères appartiennent à la très respectable ceinture de feu du Pacifique qui comprend plus de mille volcans répartis entre le continents américain, asiatique, et l’Océanie. 

Jeudi 31 décembre
Il est cinq heures trente du matin. Pascale vient de partir en taxi pour l’aéroport et je n’arrive pas à me rendormir. A six heures et demie, je me décide finalement à aller prendre une douche avant de profiter une dernière fois du petit-déjeuner dans l’arrière cour verdoyante de l’hôtel.

En arrivant à Puerto Viejo de Talamanca, sur la côte sud-est du pays, j’aperçois depuis le bus qui longe la mer des caraïbes, entre deux palmiers, deux chevaux sauvages qui se câlinent la tête sur la plage, face aux vagues. Bienvenue au village le plus jamaïcain du Costa Rica, où les hommes de couleur ébène venus travailler dans les plantations de banane côtoient les pâles gringos qui ne sont jamais repartis de vacances et qui ont fini par ouvrir un restaurant, une boutique ou des cabiñas pour héberger les touristes suivants. 

Sébastien a essayé depuis quelques jours de me réserver une cabiña dans son auberge, en vain.
« Ne t’inquiète pas, lui ont-ils dit, il va bien y avoir quelque chose qui va se libérer, et au pire, on te prête le coussin de la banquette, là, et tu le mets par terre ».
La femme qui tient l’accueil derrière le bar, qui s’avère ne tourner qu’à la carotte qu’elle croque à pleines dents en même temps qu’elle me parle alors que la première question que je me suis posée en l’apercevant est de savoir quelle drogue elle prend et à quelle dose, cette femme-là, donc, finit par mollement me tendre une clef.
« Chambre quarante. C’est une chambre privée normalement, mais vu les circonstances, on l’a transformée en dortoir. Il y a quatre lits, je crois que les autres sont trois australiens qui descendent du bus … ».
Oui, pour arriver ici, tout le monde descend du bus. Et la chambre a cinq lits. Et nous sommes en fait six à vouloir dormir dedans. Mais ça, je ne l’apprends que lorsque les suivants arrivent, et je me suis alors déjà consciencieusement appliquée à étaler des affaires sur le lit que j’ai choisi. Le seul autre individu qui était déjà présent quand je suis arrivée me dit:
« Il y a quatre autres gars qui sont arrivés. On est six, il y a cinq lits. Ils avaient réservé. Il faudrait que tu ailles voir à la réception pour savoir ce qu’il en est …
- Et toi, je lui demande, tu es allé voir à la réception pour savoir ce qu’il en est pour toi ?
- Non, mais moi, enfin, je …
- Bon. Eh bien voilà.
- Mais euh … c’était juste pour que tu aies l’info …
- Merci, alors ! »
Et je me suis bien gardé d’aller revoir la molle des légumes à la réception. J’ai étalé encore quelques affaires sur et autour de mon lit, par contre, pour être sûre. La galanterie, ça se perd, je vous dis.

Sébastien nous a réservé une table dans un des restaurants les plus chic du coin pour le réveillon. C’est fête, nous nous gâtons. Et je lutte pour ne pas m’endormir sur un coin de table, si bien que je me dope au jus de fraise. Sacré réveillon. Ceci dit, le trio de poissons est fameux et la langouste n’est pas mauvaise du tout.

A vingt-deux heures trente, nous voilà de retour à l’auberge, non grandement motivés pour écumer les bars. Je vais me prendre une petite douche, ça me réveillera peut-être et ce sera toujours ça de fait.

A vingt-trois heures trente, me disant que tout de même, c’est la nouvelle année, je toque à la cahute de Sébastien afin que nous allions au bar de la réception de l’auberge partager le verre de l’amitié avec d’autres. Il n’y a pas un chat. Ce qu’ils appellent champagne et dont un fond de gobelet en plastique nous est généreusement offert est une boisson gazeuse au goût prononcé de … bouse de vache. Il faut absolument boire cul sec car il est impossible d’y revenir. Heureusement que le chef cuisinier du restaurant où nous avons dîné, français et avec lequel nous avions eu le temps de sympathiser en attendant notre table, nous a offert en guise de digestif son rhum maison à la vanille, fameux, ma foi. Ca sauve la mise.

Vendredi 01 janvier
Sébastien, qui prend racine ici depuis une semaine et demie, me fait partager ses adresses. La boulangerie Pan Pay pour le petit-déjeuner, le petit supermarché pour se ravitailler avant d’aller à la plage, le chemin ombragé longeant le rivage pour atteindre la playa Cocles, un peu plus à l’est, au long duquel il faut éviter de mettre les pieds sur les lézards qui traversent ou sur les fourmis qui transportent en convois des morceaux de feuilles vertes tels d‘énormes éventails bien à la verticale au-dessus d‘elles. Playa Cocles, spot de surf réputé, est compte-tenu de la force des contre-courants la plupart du temps dangereuse pour la baignade et elle y est par conséquent surveillée. Il y a foule en ce premier jour de l’année nouvelle. Nos proches voisins sont à à peine deux ou trois mètres de nous.

Samedi 02 janvier

Le paresseux, mammifère terrestre apparenté au fourmilier bien qu’il possède des dents rudimentaires, se meut avec une lenteur extrême. Celui que nous apercevons recroquevillé dans un arbre ne se meut même pas du tout. Il roupille. Plus ou moins bien à l’abri de la pluie sous les feuilles de son arbre préféré. Il paraît qu’il vient souvent là, dans cet arbre du café où nous sommes venus voir les possibilités d’échange de livres. De temps en temps, il se décide à déménager pour quelques temps et s’en va de nuit dans les forêts montagneuses. Puis il revient.
A Puerto Viejo un jour gris et semi-pluvieux, il n’y a rien à faire ou presque. Alors nous petit-déjeunons, changeons de terrasse pour boire un café, parcourons les rayons de deux supermarchés pour acheter des bières, un avocat et une tomate pour accompagner nos pâtes. Et nous attendons que le temps passe, tranquillement.
Grande journée.

Dimanche 03 janvier
Sébastien est parti ce matin, en direction du nord-ouest du pays, mais le temps est revenu. Je suis la première à poser ma serviette sur la playa Cocles et je m’applique à y passer la matinée, entre bains de soleil et de mer. Au bout de trois heures, je n’en peux plus, je plie les gaules. Je me suis même lassée de regarder le cours de débutants en surf, spectacle pourtant pour le moins divertissant.
Je passe l’après-midi à bouquiner dans le hamac devant ma chambre. J’admets quelques somnolences. Minimes. Courtes.

Lundi 04 janvier
Comme il fait encore beau et que cette fois c’est sûr, c’est le dernier jour où je peux en profiter, je réitère mon programme de la vieille. Première sur la plage. Bains de mer. Bains de soleil. Je tiens également à peu près trois heures, mais il n’y a ce matin même pas de cours de surf pour me divertir. Les touristes vanille-fraise ou hyper bronzés feront l’affaire.
Je dîne en compagnie d’un canadien d’âge mûr bavard et centré sur lui-même rencontré le matin même à la boulangerie où je prenais mon petit-déjeuner. L’adresse qu’il a proposée est ceci-dit délicieuse. Lorsqu’il me propose de prolonger par un café, je m’excuse poliment, j’ai ma valise à faire et je dois me lever tôt demain. Certes, il n’est que neuf heures moins le quart, je ne me lève pas plus tôt demain que ce matin et mes affaires sont déjà toutes rangées dans mon sac, mais ça, il ne le sait pas. Très aimable, merci pour l’adresse le curry était délicieux, bonne soirée, au-revoir.

Mardi 05 janvier
Les quatre heures et demie de bus qui me ramènent à San José me paraissent longues et inconfortables. Je crois que j’ai atteint un seuil de saturation de bus, j’ai mon quota annuel. Assez. Suffit. Et je valide le quota de routes pourries et chaotiques, par la même occasion, tiens.
J’ai beau avoir téléphoné pour réserver une chambre à l’auberge de jeunesse Tranquilo (ça en s’invente pas), on ne m’attend pas. Plus de chambre simple. Soit dortoir, soit double, soit je vais voir ailleurs. Je m’insurge, vais voir l’hôtel miteux d’en face qui s’avère plus cher et reviens en parvenant à garder la tête haute. Ce sera donc une double parce que je suis devenue insociable avec le temps et il est impensable que je partage ma chambre ce soir. J’ai besoin d’étaler mes affaires sans cadenasser ma valise et mon sac à chaque fois que je vais faire pipi.
Je prends un dernier ceviche au marché central, savoure un dernier « café à la chaussette », puis flâne dans l’avenida Central pour l’ultime shopping. Je fais un aller-retour entre temps pour récupérer ma carte bancaire laissée par prudence à l’hôtel. Ce n’est pas prudent du tout, surtout que j’ai dégoté une petite librairie internationale qui propose quelques disques à l’écoute et à la vente. Aaahh, des disques ! Je ne suis pas encore rentrée que me voilà déjà retombée dans la consommation de masse. C’est culturel, je me dis, pour me dédouaner.

Mercredi 06 janvier

Après une nuit d’insomnies digne d’une veille de rentrée des classes, j’ai eu le temps d’avaler le pancake consistant offert en petit déjeuner par l’auberge de jeunesse quand la navette que j’ai réservée par internet pour aller à l’aéroport, deux fois moins chère que le taxi et au moins deux fois plus sûre que le bus, vient me chercher. J’ai un minibus à moi toute seule, avec chauffeur.
Une demie heure de navette, trois heures d’attente, quatre heures de vol jusqu’à Dallas, une heure et demie d’attente, neuf heures de vol pour Londres, quatre heures d’attente, une heure vingt de vol vers Paris, cinq heures et demie d’attente, cinq heures de train pour Périgueux via un mesquin changement d’une demie heure à Limoges. Voilà le merveilleux programme de ma prochaine trentaine d’heures. De quoi avoir le temps de me rendre compte que ça y est, cette fois c’est la bonne, c’est la fin, je rentre. Une petite dernière pour la fin, en somme, finir en beauté.

Mais ce bonheur n’est pas sans surprises puisqu’arrivée à Dallas, après être passée devant tout le monde aux douanes sous prétexte de correspondance rapide, je lis aux tableaux d’affichage que le décollage de mon avion pour Londres est maintenant programmé avec trois heures quarante de retard. De quoi atterrir pile poil au moment où mon vol en correspondance pour la France doit décoller. Mais l’hôtesse de British Airways me donne néanmoins ma carte d’embarquement pour Paris, on ne sait jamais, on n’est pas à l’abri d’une bonne surprise. Il neige, donc, à Londres. Et les prévisions ne sont pas à l’amélioration. Ca doit être fort joli, Londres sous la neige, mais ce n’est pas précisément pour m’arranger dans le cas présent.
Je m’interroge depuis quelques temps sur les motifs qui m’ont poussée à partir en plein mois de janvier, donc en plein hiver, et par conséquent surtout à revenir à la même période. Je crois que malgré mes séances de préparation psychologiques quotidiennes, je ne parviens pas à mesurer à quel point je vais être saisie par le froid et le mauvais temps. Je vais me congeler sur place avec ma petite polaire et mes moufles à courant d’air achetées sur un marché péruvien. Au moins, à Dallas, dans l’aéroport, il fait bon.

Jeudi 07 janvier
Lorsque j’arrive à l’aéroport de Londres, j’ai naturellement raté mon vol en correspondance pour Paris. D’autant plus que pour peaufiner le tout, nous avons du attendre plus d’une heure à l’intérieur de l’habitacle avant de pouvoir en sortir, pour des raisons de sécurité renforcée et afin d’éviter un éventuel croisement de flux de passagers.
Je montre à un agent de l’aéroport ma carte d’embarquement pour Paris.
« Vous avez raté votre avion, faites là queue là-bas ».

Après quatre heures d’attente heureusement animée par les discussions avec mes voisins, un indien et une américaine, et un certain nombre d’avions pour Paris ratés, je me présente enfin à un guichet pour modifier ma carte d’embarquement.
Le prochain départ est dans un peu plus d’une heure. Parfait.

Je passe de nouveaux contrôles de sécurité pour me rendre en salle d’embarquement et consulte par curiosité le tableau d’affichage des départs. Surprise: mon nouveau vol est retardé de trois heures. Je commence à me lasser un tantinet, mais il n’y a de toutes façons rien à faire. Je profite de mon bon de repas, plus généreux que celui de Dallas, soit dit en passant, et conserve un œil aux tableaux d’affichage.
L’horaire de mon avion est finalement avancée, mais alors que tous les passagers sont prêts à embarquer, nous sommes informés que notre pilote a eu à faire ailleurs, et que nous ne savons pas à quel moment il sera disponible pour nous. Quarante minutes plus tard, nous embarquons. Cependant, une fois installée, le commandant de bord nous annonce qu’étant donné notre retard, notre vol de figure pas sur les listes de décollage et que nous ne savons par conséquent pas quand nous pourrons quitter l’aéroport. Une heure plus tard, je quitte enfin Londres.

Vendredi 08 janvier

Toutes ces péripéties m’ont bien sûr fait rater mon train pour Périgueux. Mais, lorsque ce matin, accompagnant mon frère et sa femme, j’arrive en voiture chez mon père pour lui souhaiter de visu un bon anniversaire alors que je suis sensée être encore à l‘autre bout du Monde pour au moins une semaine, la surprise est totale.



Publié à 15:35, le 16/03/2010, San José
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