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Vendredi 03 juillet
Les deux journées passées, mercredi et jeudi, n’ont pas été très douloureuses en travail, il faut bien l’avouer. Nous avons occupé la matinée de la première à nettoyer un champ, ce qui consiste à y conduire un vieux pick-up à faible allure et à ramasser les roches dont la dimension est telle qu’elles pourraient endommager les machines agricoles. Compte tenu de l’étendu dudit champ et de certains endroit particulièrement caillouteux, cela peut vite prendre du temps. Jeudi, je crois que je n’ai mis le nez dehors que pour mes allers et retours aux toilettes qui sont situés dans une cabane dans le jardin de la maison voisine, celle des parents de Russel. J’ai occupé le reste de la journée à faire un gâteau - je pense que Russel a apprécié, car malgré sa rhétorique sur le fait qu’il ne doit pas trop manger ni grignoter, il en a absorbé une bonne partie - et à lire au coin du feu, un policier, ha! je crois que j’ai ma petite idée sur le possible dénouement.
Mais en ce vendredi matin nous devons quitter la ferme « aux alentours de sept heures et demie », dixit Russel qui nous a expliqué que sept heures serait plus adéquat mais que cela implique qu’il faut que lui aussi soit prêt et que c’est par conséquent beaucoup trop tôt. J’entends son radioréveil se mettre en marche à six heures. Lorsque que je parviens à sortir de la chaleur de mon lit à sept heures moins cinq, il est encore au fond du sien. Le feu s’est éteint dans la pièce principale, la fraîcheur achève de me réveiller. Je n’ai pas l’habitude de petit-déjeuner dans une pièce à dix degrés. A sept heures et quart le talkie du petit bureau se met à grésiller, la voix du frère de Russel y émet des sons qui le font poser son thé et bondir dans sa voiture. Il doit amener du désinfectant au hangar où les agneaux subissent aujourd’hui une opération un peu spéciale.
« Je repasse chercher tout le monde dans cinq minutes », nous dit-il en claquant la porte. Nous montons dans la voiture presque trois-quarts d’heure plus tard.
Nous nous rendons au hangar, au même endroit où quelques jours plus tôt nous avions rassemblé des moutons pour les vendre. Le frère et le père de Russel sont déjà à l’œuvre et un premier troupeau est en place: les moutons d’un côté, les agneaux de l’autre. Face à l’enclos de ces derniers, une remorque est garée de sorte qu’on puisse les y faire monter. A l’intérieur quatre personnes s’affairent autour d’une « table d’opération rotative » comprenant cinq sortes de cuvettes métalliques où sont installés les bêtes, pattes en l’air. La première personne saisit l’agneau, l’installe dans une cuvette et lui fait un vaccin. Puis les cuvettes tournent et l’agneau se retrouve face à une seconde personne. Celle-ci marque l’oreille gauche, ce qui consiste à en sectionner un morceau sur le dessus, puis bague l’autre oreille. L’homme du troisième poste arrache la peau de la queue et de la partie de l’arrière-train qui l’entoure. Enfin, la femme du dernier poste coupe l’éventuelle partie qui rattache encore la peau à la queue et désinfecte. L’agneau tombe ensuite dans une espèce de toboggan, se remet sur ses pattes et file retrouver sa mère qu’il s’empresse de téter pour se remettre de ses émotions.
Cette pratique est très controversée -pas le vaccin, le marquage ou la bague, qui sont obligatoires, bien sûr, mais la mise à nu de la queue des moutons. Le sujet est politiquement délicat et nous avons été priés de ne pas prendre de photos. Les moutons ont été introduits de manière artificielle en Australie, c’est-à-dire qu’ils ont été importés. Mais dans ce pays une mouche, toute petite, la « mouche bleue », a pris pour habitude de venir s’installer sur les parties arrières des moutons et d’y pondre ses œufs. Le mouton finit par perdre sa laine puis meurt. La mise à nu de sa queue empêche les mouches de venir s’installer et le sauve donc de ce mal. Les organisations de protection des animaux critiquent beaucoup cette méthode mais il n’y a aujourd’hui aucun autre procédé qui soit capable de sauver les moutons de ces mouches. |